LE PALAIS DE JUSTICE DE PONTOISE AU NORD DE PARIS

VUE AÉRIENNE (Google Maps)


AU SUD 
Façade sur le Boulevard Jean Jaurès

A L'EST

Entrée principale, façade sur la rue Victor Hugo


 Façade sur la place Nicolas Flamel et la rue Gambetta
 

AU NORD

Façade sur la rue des Tables rondes - © Google Maps
 

LE FACE A FACE DU TYPIQUE ET DE L'ATYPIQUE 

A gauche, le programme spécifique su palas (le typique)

A droite, le programme non spécifique (l'atypique)

 
LES SALLES DES PAS PERDUS
Façade de la salle des pas perdus nord le jour

 
Façade de la salle des pas perdus nord la nuit

Salle des pas perdus nord

 
Façade de la salle des pas perdus sud

Salle des pas perdus sud

LES SALLES D'AUDIENCE


 
  
 
COUPE-ÉLÉVATION

TEXTE DE PRÉSENTATION REMIS A LA PRESSE A L'INAUGURATION EN JANVIER 2006


Le palais de justice de Pontoise s’installe sur un terrain long de plus de 190 mètres axé nord-sud et suivant une dénivellation de 8 mètres jusqu’au belvédère qui surplombe le Boulevard Jean-Jaurès (au sud) de presque 10 mètres de hauteur. Le terrain est coupé dans son milieu, qui forme aussi la partie la plus étroite du terrain, par une voie publique de desserte piétonne. Deux segments de forme trapézoïdale se trouvent ainsi confrontés. Nous les avons reliés, par-dessus la voie piétonne, par une fine et transparente passerelle qui assure le rôle d’accueil central gérant toutes les situations distributives. A partir de ce point nodal, nous avons disposé les halls – qui forment la tête des espaces juridictionnels – ainsi que les salles des pas perdus en diagonale croisée.
Par-dessus le pont piéton de l’accueil, viennent franchir pour se rejoindre les deux bras des bâtiments nord et sud au niveau 2. Cette place couverte publique confirme notre volonté de faire de l’accès au palais un moment de l’histoire urbaine de la ville et de l’entrée, un élément majeur de sa lecture et de sa pratique. Bien au sud, faisant face au centre historique, le palais assume une fonction de signal dans le paysage urbain, en transformant le belvédère du talus qui borde le Boulevard Jean-Jaurès, en socle d’une acropole qui confère au palais la sérénité d’un temple grec.
L’événement unitaire majeur de l’édifice provient de la diagonale constituée des deux salles de pas perdus relayées par la passerelle de l’accueil central ; cette diagonale représente la partie la plus fréquentée par le public, et donne une lecture claire et immédiate de la complexité du programme, tout en gardant une unité formelle.
Pour ce faire, nous avons favorisé une grande hauteur sous plafond (plus de 7 mètres en moyenne) ; plafond, en béton blanc, très pur, qui dégage ainsi une grande sérénité.
Sous le même grand plan horizontal protecteur, se trouvent les salles d’audiences. Ces salles, baignées de lumière naturelle, permettent de véhiculer l’idée d’une transparence de la justice, en même temps qu’une sensation d’ouverture spatiale tel un « dehors couvert ».
Ces espaces et ces volumes, ainsi déterminés, sont représentés par des logiques de présence assez différenciées. Nous avons fait en sorte de former un contraste fort, sur une même élévation, entre les pans vitrés transparents qui montrent la générosité des pas perdus et de leurs salles d’audiences, et les pans vitrés opaques qui protègent l’intimité nécessaire aux autres fonctions des juridictions.
Pour la distribution des espaces de travail, nous avons essayé, dans la plupart des cas, d’installer ces modules en vis-à-vis, séparés par une double circulation encadrant les espaces aveugles du programme comme l’attente des visiteurs, les salles d’entretiens des avocats, et les locaux de service.

Henri Ciriani


PALAIS DE JUSTICE DE PONTOISE
Inauguration par M. Pascal CLEMENT, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice,
le 19 janvier 2006

concours d’architecture : 1997
début des travaux : juillet 2002
mise en service de la 1ère tranche : avril 2005
mise en service de la 2ème tranche : octobre 2005
surface hors oeuvre : 17.164 m2
nombre des salles d’audience : 11
coût total : 74.7 M€ TTC toutes dépenses confondues

maîtrise d’ouvrage :    Ministère de la Justice
mandataire du maître d’ouvrage : Agence de maîtrise d’ouvrage des travaux du ministère de la Justice
services affectataires : Direction des Services judiciaires, Cour d’appel de Versailles
services utilisateurs :       Tribunal de Grande Instance
                                      Tribunal d’Instance
                                      Tribunal de Commerce
                                      Conseil des Prud’hommes

maîtrise d’œuvre :           Henri Ciriani, architecte, Pascal Martino Assistant
                                      Thales Engineering & Consulting, bureau d’études techniques

entreprises :                    GTM, Cari, Saga, VD



Cliquer ci-dessous pour consulter la plaquette publiée par le Ministère lors de l'inauguration :





QU'EST-CE QU'UN ARCHITECTE?

CONFÉRENCE TRANSCRITE PAR STUDIO B ARCHITECTURE SUR FACEBOOK LE 6/4/2012

Voici un petit texte d'Henri Ciriani que j'aime beaucoup et que je vous conseille de lire...jusqu'au bout :
Je pense que l'architecte est quelqu'un de très bien, quelqu'un qui ne produit pas par son action des violences. Même le bâtiment le plus laid ne tue personne. Etre un architecte est aujourd'hui une responsabilité sociale bien supérieure à hier, où on avait un peu la complicité sociale avec nous. L'architecture a à faire avec l'amélioration de la vie de l'homme, et je combats tous ceux qui ne l'améliorent pas. L'architecture a à faire avec une méditation de l'usage. Méditer n'est pas réfléchir, ni penser, c'est se donner le temps de penser. Quand on est architecte, on ne peut pas être pressé. Un architecte n'est pas quelqu'un qui s'installe dans le passé, ou qui peut s'identifier avec l'histoire. Je pense avec ma génération que l'histoire est un ami. Nous sommes obligés d'avoir toute la culture avec nous, et nous ne pouvons donner que tout notre temps pour travailler. A l'intérieur de cela, les gens vous prennent pour un Cro-Magnon, quand on dit que l'architecte, c'est quelqu'un qui ne peut pas souffrir le monde comme il est, c'est la raison pour laquelle son objectif est de le transformer. Sans transformation, il n'y a pas d'architecture.
L'architecture est une transformation de la réalité, le titre à l'intérieur duquel on m'a mis: désenchantement ou désir, ne me convient pas du tout. Je ne suis pas désenchanté. Pour être désenchanté, il faut avoir espéré que quelqu'un d'autre ait résolu les problèmes. Un architecte, c'est quelqu'un qui se lève le matin pour les résoudre. Nous savons tous que c'est dur et difficile. Je peux dire par contre que le fait que ce soit l'Etat qui organise ces journées de l'Architecture est unique au monde. Donc, je suis un optimiste. Si vous voulez savoir qui je suis, je suis profondément optimiste et ne pense pas que "no future" soit un bon mot. Le chaos n'est pas mieux que l'ordre, je ne pense pas qu'une architecture de l'esthétique du mal-foutu --comme cette salle-- soit mieux qu'une salle qui fonctionne bien... Cela va pour l'instant ?
Il y a une mutation. Avant, nous avions des idées et nous attendions le moment de les mettre en exercice, tandis que maintenant on est très content si on nous donne du travail : c'est une mutation. C'est-à-dire que nous assumons le programme. Maintenant, nous avons devant nous une société incapable de fixer un programme, donc nous sommes dans l'obligation d'adapter, et ce n'est pas parce que nous nous adaptons à une société qui ne sait plus où elle va que nous devons imaginer une architecture du mal-foutu, du "ça sera bien plus tard, on verra bien"... "Moins on en définit, mieux on se porte parce qu'à l'intérieur des salles, les machines et les ordinateurs vont pouvoir constamment changer le programme." Je ne suis pas de cette génération-là, je ne suis pas d'accord et je pense que j'ai tort si je peux pousser un jeune à imaginer que le futur, c'est la machine qui va décider pour lui. Qu'il commence son projet, et au fur et à mesure, une transformation se fait. Toute discipline, plus ou moins scientifique, a un secteur expérimental. On le sait. Je pense qu'il faut être suffisamment adulte, civilisé, culturel pour savoir quand cela doit être expérimental, ou pas. Aujourd'hui, on présente l'activité expérimentale comme l'activité proposant du futur. Tandis que l'activité expérimentale signifie expérimentons pour voir ce que cela donne : cela n'a aucune garantie de futur.
Il y a deux préjugés terribles qui précèdent l'arrivée d'un architecte n'importe où. Le premier, c'est qu'il fait cela pour lui. Le second, c'est que c'est plus cher. Vous venez de signifier les deux comme une qualité architecturale. En fait, vous partez du même préjugé: qu'un architecte ne va jamais avoir comme seul objectif de résoudre la problématique de son client, qu'il va faire une oeuvre. Vous le condamnez déjà par cette volonté de faire une oeuvre, bien qu'il soit un être normal, et que le programme soit un programme économique. Je ne comprends pas comment, dans votre condition de philosophe, vous supposez qu'une valeur ajoutée humaine soit négative.
J'ai très bien compris. Ils disent " J'ai un petit terrain, je veux plus grand ", je vous préviens que la responsabilité première d'un architecte est de dilater l'espace. Si après avoir agi sur un terrain de 10 m2, vous avez l'impression d'en avoir 8, il faut mettre en tôle l'architecte. La première responsabilité de l'architecte, humaine, est de faire dilater cet espace. Donner plus d'espace est donc le minimum. Et quand vous dites que vous avez été touché parce qu'à aucun moment, l'architecte ne donne l'impression qu'il va s'imposer. Pour l'architecte, son métier, c'est de connaître la forme, donc il va imposer ce qui sera vu. Pourquoi serait-ce contradictoire avec la demande ? Pourquoi suppose-t-on que la demande la plus humaine est invisible ? Cela fait plaisir à absolument tout le monde, et c'est là où l'architecte qui dit : " Moi la forme, je ne connais pas, ni l'espace, je fais ce que je peux avec un programme ", il a toujours la salle pour lui.

dov'è l'architettura italiana?: il pensiero di Ciriani

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dov'è l'architettura italiana?: il pensiero di Ciriani

Henri Ciriani è sempre stato per me uno degli architetti più interessanti, sia per la sua ricerca in continuità con il ...

27 RUE CROULEBARBE PARIS XIII



La demande de permis de construire de ce projet fut déposée en Mairie le 18 avril 2003, l'arrêté publié le 13 novembre de la même année.
Pourtant, depuis, il n'a pas été possible de le construire en raison de l'acharnement de quatre voisins: Thierry Husson, Philippe Lévy, Sophie Lévy Chevalier et Nathalie Lubtchansky, lesquels ont multiplié les recours, assignations et mémoires sans jamais obtenir satisfaction des autorités compétentes, que ce soit la Mairie de Paris, le Tribunal Administratif ou la Cour administrative d'appel de Paris.
Et voilà que la S.E.D.P., qui commanda le projet et déposa la demande de permis, avant de le transmettre à la Cogedim pour la réalisation, a enfin obtenu de construire dans une parcelle détachée de l'ensemble immobilier que la RATP détient dans un îlot ouvert sur les rues Croulebarbe et Abel Hovelacque dans le treizième arrondissement. 
Le contrôle des travaux sera assuré par Laurent Beaudouin. 
Les travaux de terrassement sont en cours et le chantier est prévu de s'étendre sur deux ans avec une livraison fin 2014.
Lima, 21 Mai 2013

P12 est achevé, les résidents vont bientôt s’y installer. Une partie importante du projet, la légère ruelle aérienne qui devait desservir les logements les plus hauts, n'a pas été construite comme prévue au projet. Nous aurions pu demander la démolition de l’ouvrage de substitution construit par SACIEG. Pour ne pas retarder les travaux, nous avons dû céder, tout en exigeant qu’il soit « corrigé » afin de le rendre acceptable. Après une étude complémentaire de l’ingénieur, COGEDIM, maître d’ouvrage, accepta d’entreprendre ces travaux correctifs. On constate aujourd’hui, lors de la réception des parties communes, que rien n’a été fait. S’agit-il d’un retard de la part de l’entreprise ? Je ne veux pas croire qu’il y ait mauvaise volonté de la part de l’une comme de l’autre. Mais le fait est que, comme cela ne se voit pas depuis la rue, on ne s’en occupe pas. Je ne comprends pas ce qui s’est passé car on m’a assuré avant mon départ pour le Pérou que ce serait fait. Or, c’est un élément essentiel du projet. Il y va de la clarté d’une typologie nouvelle qui rend la transparence en cœur d’îlot notre contribution à une vie urbaine intérieure, grâce à un équilibre salutaire entre les espaces privatifs et les perspectives visuelles communes. Je tiens personnellement à ce que cet aspect du projet de Croulebarbe soit respecté car je pense que tout progrès dans des pratiques futures des cœurs d'îlot est à défendre et à faire connaître afin d’apporter à la rue traditionnelle une nouvelle profondeur. Il s’agit de contribuer à maintenir l'importance de la rue publique qui a su rester –plus personne ne le conteste– le lieu privilégié de l'identité, la communication, le mouvement et le repérage des citadins.

Lima, le 22 avril 2015.



L'ensemble des plans du permis de construire modificatif de mars 2007 est à consulter :
 
 












D'autres informations et mentions sur ce projet dans ce blog:



















VIVRE HAUT A SEOUL 15 AU 22 DECEMBRE 2012



Une exposition de dessins originaux et agrandissements photos ayant servi à illustrer le livre "Vivre haut" de Ciriani et Beaudouin, avec Christian Devillers, s'est ouverte aujourd'hui dans la Gallerie Xi de Séoul en présence d'Henri Ciriani. Elle a été subventionnée par l'agence "Chang-jo Architects" à Séoul.


DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE AU LOUVRE LE 20 SEPTEMBRE 2012


"...Car c'est une agression à l'égard de toutes les civilisations quand le patrimoine est saccagé, nous serons là pour lutter contre les 
groupes mus par l'insondable bêtise, qui rend chaque civilisation vulnérable..."

Cet extrait du discours du président s'applique à certains pays lointains où des monuments sont saccagés régulièrement. 
J'invite le Président de la République, et sa ministre de la Culture, à se pencher sur les dégradations qui s'opèrent dans notre pays ces derniers temps, dont le musée d'Arles n'en est qu'un exemple. 

Cliquer ci-dessous pour lire le texte complet:

http://www.mediafire.com/view/?ym6spslpalfkb4o

ARCHITECTURES EN PÉRIL, le Monde du 8/9/12

Le texte complet de l'article de Christine Desmoulins en page 3 du supplément Culture et idées du Monde du 8/9/12 est retranscrit ci-dessous. Pour le voir dans son format d'origine, cliquer sur le lien ci-dessous:

http://www.mediafire.com/view/?a3pee619ndr8nw7

 

 

 Architectures en péril

Le Musée de l’Arles antique fait l’objet d’une extension sans l’accord ni la consultation d’Henri Ciriani, l’auteur du bâtiment originel. La justice devra se prononcer sur cette affaire, qui pose la question du statut fragile du patrimoine de la fin du XXe siècle

CHRISTINE DESMOULINS
Arles, envoyée spéciale

Que dirait l’architecte Ieoh Ming Pei si sa Pyramide du Louvre était décapitée et agrandi, à son insu, par un architecte salarié du musée ? La même mésaventure est arrivée à Henri Ciriani, 75 ans, qui a conçu en 1995 le Musée de l’Arles antique, riche en trésors archéologiques trouvés dans la terre de la cité provençale ou dans le Rhône.
Sans demander son autorisation, le conseil général des Bouches-du-Rhône a décidé d’adjoindre à ce musée aux lignes épurées et d’un bleu profond, une extension de 800 m2. Les travaux seront finis fin 2012. C’est en recevant une invitation à la pose de la première pierre, en décembre 2011, que l’architecte a découvert ce projet. « Nous n’avons pas réussi à joindre Ciriani pour le consulter », dit-on au département.
Henri Ciriani n’est pas n’importe qui. Grand Prix national d’architecture en 1983, Médaille d’or de l’Académie d’architecture en 2012, enseignant célèbre, ce Péruvien d’origine a construit à Lima (Pérou), Paris, Marne-la-Vallée, Evry, Saint-Denis (nord de Paris), Colombes (Hauts-de-Seine), Rocquencourt (Yvelines), Péronne (Somme), La Haye (Pays Bas), etc. Ses projets sont publiés dans des revues aux quatre coins du monde. Son projet arlésien, installé hors de la ville, près du Rhône, a été choisi après un concours international. Il est labellisé « musée de France ». Ce triangle ouvert en ses angles, salué par la critique, figurait parmi les finalistes du fameux prix Mies van der Rohe.
L’adjonction est en cours de réalisation. Là où un patio s’ouvrait vers le fleuve dans un jeu de transparences et de poteaux, un parallélépipède massif obstrue désormais l’angle nord démoli de la façade principale. La deuxième façade est prolongée de 17 mètres et un volume opaque « engrosse » la troisième. « C’est plus qu’une extension, s’émeut Henri Ciriani, que l’on sent meurtri. Plusieurs éléments sont dénaturés : l’autonomie de la façade, le hall, le parcours en boucle, la lumière naturelle zénithale ! L’angle nord du triangle en hélice est une partie essentielle. Il a été saccagé par des bulldozers ! »
Le conseil général a voulu cette extension, en 2007, pour abriter d’autres trésors « pêchés » dans le Rhône, surtout un chaland romain de 30 mètres (bateau à fond plat de marchandises). Marseille ayant été élue « Capitale européenne de la culture » pour 2013, on choisira d’aller vite pour faire concorder les calendriers. Le département, présidé par Jean-Noël Guérini, ne consulte pas l’architecte et ne fait pas de concours, réalisant le projet en interne (6 millions d’euros).
Deux architectes salariés du département sont intervenus sur l’extension : Gérard Lafont, qui était jusqu’à cet été directeur général adjoint de la construction, de l’environnement, de l’éducation et d patrimoine, et Jean-François Hérelle, responsable de l’Atelier départemental de maîtrise d’œuvre. Ce dernier évoque son « humilité » et sa « responsabilité » face à l’œuvre de Ciriani. Mais durant une visite de chantier, il a surtout affiché sa fierté d’offrir un « écrin » au chaland romain et à d’autres œuvres, un sentiment partagé par le conservateur du musée. M. Hérelle ajoute, avec une satisfaction visible, que le bâtiment de Ciriani, notamment son angle nord, serait une invitation « opportune » à y « glisser l’extension comme un diverticule greffé sur le parcours ».
Sitôt les faits connus, des personnalités et des institutions architecturales du monde entier ont demandé à Frédéric Mitterrand, alors ministre de la culture, et a Jean-Noël Guérini l’arrêt des travaux et la restitution de l’œuvre originelle. Le critique d’architecture François Chaslin en fait un cas d’école, et l’architecte et théoricien Kenneth Frampton, a envoyé une lettre salée, le 6 avril, à M. Guérini : « Il n’y a pas de mots pour exprimer le choc et la répulsion que j’i ressentis lorsque j’ai été informé de l’intervention barbare que votre administration a cru bon d’infliger à l’un des plus magistraux bâtiments réalisés en France lors de la dernière décennie. » Jean-Paul Cassulo, président du conseil régional de l’ordre des architectes de Provence-Alpes-Côte d’Azur, ajoute que « le département, dans la précipitation, n’a pas mesuré l’importance patrimoniale de ce bâtiment ».
Ces interventions sont restées lettre morte. En mars, une conciliation menée par le conseil de l’ordre des architectes a échoué. Henri Ciriani a proposé d’amender l’extension, en vain. Pourtant, les architectes, dont l’œuvre est modifiée sont presque toujours consultés. Claude Vasconi l’a été quand son bâtiment « 57 Métal » (1984), à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), a été remanié par Jakob MacFarlane vingt ans après sa construction. Claude Parent l’a été lors de la réhabilitation de la maison de l’Iran à la Cité universitaire de Paris (1969). Ciriani lui-même l’est pour deux extensions prévues pour son palais de justice de Pontoise (Val d’Oise) et son musée l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne.
Cet ajout arlésien verra donc le jour sans concertation. Aussi, l’architecte est décidé à porter l’affaire devant le tribunal de grande instance, avec le soutien du conseil national de l’ordre des architectes. Le débat s’annonce serré. Une loi de 1957 donne bien à l’architecte un « droit moral » sur sa construction s’il s’agit d’une œuvre « originale ». Mais la jurisprudence limite ce « droit moral » au nom d’un « droit d’usage » pour le propriétaire ou l’utilisateur.
Dans les faits, nombre de bâtiments anciens réalisés par des architectes décédés font l’objet de transformations sans susciter de polémique. Parfois les héritiers les contestent. Le cas le plus marquant est celui d’un imposant bâtiment à Paris, conçu dans les années 1920 par Georges Vaudoyer. En 2004, l’État, propriétaire du bâtiment, l’a fait rénover et envelopper d’une résille métallique. Les trois petits-fils de l’architecte, choqués, ont obtenu la condamnation de l’État par le tribunal administratif à un euro symbolique. Mais le ministère de la culture, qui occupe ce bâtiment et qui craignait que cette affaire nuise à son image, a, en 2007, versé 300 000 euros d’indemnités aux héritiers pour clore le conflit.
À Arles, les avocats de Ciriani devraient parvenir sans peine à prouver que son musée est bien une « œuvre originale ». Mais le conseil général, convaincu d’avoir agi sans fautes, va opposer son droit d’usager et de propriétaire. Il met en avant les compétences de son atelier d’architectes et estime respecter le code des marchés publics. Jean-François Hérelle ajoute que « la seule possibilité d’extension » résidait dans cet angle nord-est de la façade. Monique Agier, directrice générale des services au conseil général, défend pour sa part un « beau projet au calendrier contraint » et explique : « Lancer un concours d’architectes était difficile. Cette extension présentait une part d’inconnu, car on n’a pu connaître que très tardivement les dimensions exactes de l’épave du bateau, pour laquelle ce bâtiment est prévu. Avec un architecte extérieur, les corrections du projet auraient entraîné avenants et retards. »
Cette appréciation n’est-elle pas abrupte ? Nombre d’architectes habitués à intervenir sur les musées expliquent que tout programme bien monté offre une souplesse. Ils en usent habilement en jouant les bernard-l’ermite pour installer des œuvres de grande taille et des extensions dans des monuments aussi contraignants que le triangle arlésien. Monique Agier avance un autre argument : il était « interdit » de confier l’extension à Ciriani, il fallait passer par un concours, un autre architecte aurait pu l’emporter, dont le projet n’eût pas forcément été conforme aux souhaits du constructeur. « Nous, nous respectons son architecture, ses matériaux, son langage et la volumétrie d’une extension qu’il avait dessinée », affirme-t-elle. Ce que réfute l’intéressé, affligé par la sottise de ce mimétisme de matériaux pour une greffe d’architecture qu’il juge disproportionnée.
Pour Ciriani, le département n’a pas apporté à ce projet « le temps nécessaire à l’étude du bâtiment à prolonger. Il n’a pas pris en considération qu’il s’agissait d’une œuvre de l’esprit et non de mètres carrés à compléter pour loger de nouvelles collections ». Pour lui, « l’augmentation de surface pouvait trouver sa place dans l’enceinte du musée avec une modification du cloisonnement ». Son avocat, Didier Bernheim, plaidera la dénaturation de l’œuvre. Il dénoncera « l’absence de concertation » et la décision de recourir à des services qui « n’ont ni l’expérience ni les compétences pour un ouvrage de cette importance ».
L’architecte peut-il aller jusqu’à obtenir la remise en état de son bâtiment ? La réponse est plus nuancée, toujours en raison de la vocation utilitaire du bâtiment. La Cour de cassation, dans un arrêt du 11 juin 2009, fixe l’équilibre entre les prérogatives de l’auteur et celles du propriétaire. Ainsi les modifications apportées à l’œuvre architecturale d’origine ne doivent ni excéder ce qui est nécessaire ni être disproportionnées par rapport au but poursuivi.
Pour une œuvre d’art ou un monument classé, la jurisprudence aurait été plus nette : toute destruction ou dénaturation est condamnée. Justement, le Musée de l’Arles antique ne peut-il être élevé au rang d’œuvre d’art ? Les arguments ne manquent pas : c’est un lieu culturel et patrimonial, il est unique dans ses formes, est signé par un artiste réputé. Sur cette question, le tribunal tranchera.
Ce conflit soulève une question culturelle : quel statut donner au patrimoine de la fin du XXe siècle, trop récent pour être protégé au titre des Monuments historiques ? Nous sommes dans ce que Pierre-Antoine Gatier, président d’Icomos France, association chargée de protéger et valoriser le patrimoine architectural, qualifie de « temps suspendu entre le moment où une œuvre moderne est livrée et celui où elle accède au rang de patrimoine protégé ». Temps suspendu, donc fragile malgré l’existence du label « patrimoine du XXe siècle ». Aussi, pour l’avocat Didier Bernheim, il appartient à toute collectivité publique de « veiller au respect du patrimoine architectural contemporain » dont elle est propriétaire.
On aurait pu penser en effet que l’intégrité d’un musée récent, issu des grands projets du président François Mitterrand, bénéficierait d’une protection implicite. On aurait pu croire que la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), service déconcentré du ministère de la culture, et l’architecte des bâtiments de France, rattaché à la DRAC, se seraient opposés au projet d’extension. Ils l’ont au contraire validé. La manifestation « Marseille 2013 » a probablement prévalu.
Sans doute les services de Frédéric Mitterrand ont-ils porté plus d’attention aux vestiges d’un cirque romain proche du musée arlésien et à la valorisation des pièces archéologiques qu’à l’écrin greffé sur le musée d’origine. L’importance du sujet a pu leur échapper, car ils n’ont pas jugé utile de solliciter le Service des musées de France. Ironie de l’histoire, celui-ci apporte son expertise à la réhabilitation d’un musée d’Arles, le Muséon Arlaten…
Cette affaire Ciriani arrive alors que se multiplient les menaces sur des bâtiments modernes et contemporains. Dans une pétition récente contre la destruction d’un immeuble de leur confrère Pau Chemetov, construit en 1983 à Courcouronnes (Essonne), 25 architectes français renommés évoquent une ribambelle d’édifices menacés, dont celui de Ciriani.
La balle est dans le camp du ministère de la culture, assez réticent à classer le patrimoine moderne, sans doute pour ne pas nuire aux projets des collectivités. « La culture ne vaut que si on la partage », peut-on lire sur une affiche du conseil général des Bouches-du-Rhône pour promouvoir « Marseille 2013 ». Sur l’affiche figure l’extension du musée à Arles.

Article paru dans le supplément Culture et Idées du journal Le Monde du samedi 8 septembre 2012