PALAIS DE JUSTICE DE PONTOISE - Notice architecturale du dossier d'avant-projet détaillé - JAN 1999

 

Façade sur le boulevard Jean-Jaurès (escalier prévu au départ)

GÉNÉRALITES

·      Le palais de justice de Pontoise s’installe sur un terrain long de plus de 190 mètres axé nord-sud et suivant une dénivellation de 8 mètres jusqu’au belvédère qui surplombe le Boulevard Jean-Jaurès (au sud) de presque 10 mètres de hauteur.

·      Le terrain est coupé dans son milieu, qui forme aussi la partie la plus étroite du terrain, par une voie publique de desserte piétonne.

·      Deux segments de forme trapézoïdale se trouvent ainsi confrontés. Nous les avons reliés, par-dessus la vois piétonne, par une fine et transparente passerelle qui assure le rôle d’accueil central gérant toutes les situations distributives.

·      A partir de ce point nodal, nous avons disposé les halls – qui forment la tête des espaces juridictionnels – ainsi que les salles des pas perdus en diagonale croisée. Cette situation spatiale permet, en accédant au bâtiment nord comme au bâtiment sud, d’avoir toujours à sa gauche les pas perdus, et à sa droite les attentes publiques. Ce qui confère au palais une équivalence entre ses deux bâtiments, tout en produisant sur les côtés les plus longs des élévations variées et de même qualité. Cette oblique n’est autre qu’une grande transparence, qui s’initie tout en haut au nord-ouest, pour atteindre une apothéose visuelle en bas au sud-est.

C’est cette invention spatiale qui va, non seulement intégrer en son site la pratique du palais, mais aussi sédimenter la mémoire du lieu.

·      Par-dessus le pont-piéton de l’accueil, viennent franchir pour se rejoindre les deux bras des bâtiments nord et sud au niveau 2, dont la sous-face, éloignée de presque 7 mètres du niveau d’accès, fait bénéficier de son cadrage l’équerre haute de plus de 10 mètres du niveau 3.

Cette spatialité urbaine fait de l’entrée au palais un élément majeur de sa lecture et de sa pratique, et lui permet surtout de créer un événement urbain au bénéfice des simples passants, car ce lieu généreux explicite le mieux l’enjeu de notre palais : former un détonateur d’une nouvelle pratique urbaine à Pontoise. Cette place couverte publique confirme notre volonté de faire de l’accès au palais un moment de l’histoire urbaine de la ville.

·      Bien au sud, faisant face au centre historique, nous allons assumer une fonction de signal dans le paysage urbain, en transformant le belvédère du talus qui borde le Boulevard Jean-Jaurès, en socle d’une acropole dont le palais nous apparaîtra installée  avec la sérénité d’un temple.

·      A l’ouest, Place Nicolas-Flamel, se situe le niveau d’accès de plain-pied vers notre accueil central ; ce niveau va se maintenir jusqu’au sud pour surplomber de 1,40 mètre le belvédère, lui garantissant ainsi son statut d’espace public. Un nouvel escalier couché en diagonale sur ce talus va mieux gérer le flux circulatoire vers la Place Nicolas-Flamel, tout en assurant un caractère plus statique au belvédère.

·      La déclivité du terrain nous a conduit à situer les parkings sous le belvédère, sur trois niveaux au sud, et à organiser le secteur le plus sécuritaire du palais bien au nord – ce qui permet de bénéficier de la protection de ses cours enterrées.

Au-dessus du secteur de détention vont s’installer les salles d’audiences criminelles, pour avoir une relation directe et autonome. Un système de double sas permet au fourgon d’accéder au secteur protégé après avoir descendu la pente par la voie intérieure couverte.

·      Au sud de la Place Nicolas-Flamel, nous avons dégagé un jardin en contre-bas planté d’arbres, et séparé de la place par une jardinière plantée d’arbustes qui nous permet de dissimuler une clôture.

·      Un important dispositif de circulation verticale, intégré au parking, nous a permis de résoudre des problèmes liés aux accès de service de la restauration, qui nécessitent une hygiène et une autonomie très affirmées. L’accès au parking est maintenu sur le Boulevard Jean-Jaurès, au niveau -1 (NGF 57.51), en circuit descendant au niveau -2 (NGF 54.79), qui devient désormais le niveau de sortie sur la rue Victor-Hugo. Cette décision nous permet d’éloigner de 50 mètres la sortie du feu de croisement avec le boulevard, et donc de soulager le trafic.


A droite les salles d'audience (typique) à gauche l'administration (atypique)


De l’architecture urbaine, le palais de justice comme type

 Le programme du palais de justice est traduit en termes architecturaux en suivant une matrice conceptuelle, celle des éléments typiques et atypiques.

Nous rangerons dans la première catégorie, d’une manière générale, les éléments du programme qui nécessitent un grand espace, un espace formellement spécifique dont la fonction exige une apparence précise. Ces espaces particuliers vont conditionner leur enveloppe, vont donner forme à leur fonction et, en tant que tels, ils vont « informer ». Ce sont eux qui donnent son  identité au programme. Ici, se situent principalement les espaces d’accueil, les pas perdus et les salles d’audiences.

ICI LA FORME SUIT LA FONCTION

 Sont considérés comme espaces atypiques ceux dont la taille est réduite et la forme ordinaire : la forme répond aux besoins d’un nombre réduit de personnes et surtout à la nécessité de flexibilité. Ces espaces doivent ainsi pouvoir être interchangeables, ou pouvoir s’agrandir ou rétrécir. Le sens ou l’importance de ces espaces provient plutôt de leur positionnement dans l’édifice. D’où l’importance d’une modulation permettant des surfaces minima et maxima entre 10 et 40 m².

Nous devons donc prévoir une structure générale précédant les accommodations individuelles. Cette structure, très rationnelle mais aussi malléable, est chargée de l’adaptation au contexte urbain. C’est elle qui s’adapte à l’extérieur et qui contraint le programme dans sa volumétrie. Nous donnons une forme linéaire à ces volumes pour mieux intégrer les exigences programmatiques. Ici, se situent principalement les espaces du travail : les juridictions, la logistique et les services. 

ICI LA FONCTION SUIT LA FORME

 Ces espaces et ces volumes, ainsi déterminés, vont être représentés par des logiques de présence assez différenciées. Nous avons fait en sorte de former un contraste fort, sur une même élévation, entre les pans vitrés transparents qui montrent la générosité des pas perdus et leurs salles d’audiences, et les pans vitrés opaques qui protègent l’intimité des espaces de juridiction.


                                                                     Le typique

Salle des Pas Perdus Nord

L’événement unitaire majeur de l’édifice provient de la diagonale constituée des deux salles de pas perdus relayées par la passerelle de l’accueil central ; cette diagonale représente la partie la plus fréquentée par le public, et donne une lecture claire et immédiate de la complexité du programme, tout en gardant une unité formelle.

Pour ce faire, nous avons favorisé une grande hauteur sous plafond (plus de 7 mètres en moyenne), et nous voulons que ce plafond, en béton blanc, apparaisse très pur, dégagé des servitudes techniques d’éclairage, de ventilation ou de sécurité ; nous voulons également qu’il bénéficie d’une structure porteuse[1] peu visible, ceci afin qu’il assume très fortement son rôle de couverture unitaire. Soulagé des responsabilités physiques, peu assujetti aux contraintes de la gravité, ce plafond dégage ainsi une grande sérénité.

 Les parois extérieures de ces lieux sont constituées de pans vitrés de grandes dimensions qui favorisent une grande transparence, à laquelle nous avons fourni une protection solaire adéquate.[2]

 Sous le même grand plan horizontal protecteur, se trouvent les salles d’audiences. Ces salles, baignées de lumière naturelle, vont nous permettre de véhiculer l’idée d’une transparence de la justice, en même temps qu’une sensation d’ouverture spatiale – créant idéalement un « dehors couvert ». Vues de l’extérieur, ces salles laissent filer le vélum impeccable du toit commun ; cette libération du toit est aidé par la finesse de la structure périphérique, équivalente sur ses quatre côtés du fait du vitrage continu en partie supérieure.[3] Cette équivalence évoque symboliquement celle de tous face à la justice – justice dont l’emplacement apparaît sans emphase, proche du citoyen, en pleine lumière.

 Ces salles sont construites en structure de béton blanc avec des finitions, soit en remplissage de bois à l’intérieur et dans les sas d’accès, soit d’une fine couche de "stucco antico" dont les couleurs blanc cassé et vert amande seront dominantes.

 Des patios linéaires plantés d’arbres à feuillage et de forme verticaux délimitent les accès privés des salles et de leurs annexes vis-à-vis des espaces de bureaux des juridictions. Cette disposition spatiale garantit la liberté et l’autonomie des formes annulaires des salles, en même temps que leur protection acoustique.

La salle double du bâtiment sud, regroupant la salle d’audiences commerciales et celle des audiences civiles polyvalentes, a été disposée parallèlement aux salles des pas perdus, le long de la rue Victor-Hugo au lieu de perpendiculairement, comme précédemment indiqué dans l’APS. Ceci, afin d’améliorer les dispositifs d’accès et de réduire le retour plein sud de la salle des pas perdus. Cette disposition nous permet, parallèlement, de réussir une impeccable séparation entre les locaux dits typiques et ceux dits atypiques.

 Une autre qualité a été apportée au bâtiment sud, par la permutation des programmes des niveaux inférieurs, qui évite que la servitude technique des cuisines de la restauration traverse le silence des salles de lecture de la bibliothèque. Avec, comme avantage supplémentaire, la protection (par des parois opaques) des deux programmes : la salle de restauration s’ouvrant de plain-pied sur le jardin, face à la Place Nicolas-Flamel que surplombent les salles de lecture de la bibliothèque.

Le socle du talus du belvédère au sud-est du site éloigne les grandes façades du typique de toute possibilité d’assurer leur nettoyage et entretien depuis la rue.[4] C’est pour cette raison qu’une nacelle verticale a été prévue dans un circuit sur rail passant entre les poteaux extérieurs et la façade vitrée. En stationnement, cet élément transparent et métallique se « gare » à l’intérieur du volume de la gaine qui sépare la salle du conseil de celle des pas perdus sud.

 La toiture de la passerelle centrale (accueil) est constituée de deux couches de verre : l’extérieur en plaques d’Émalit (feuille de verre avec une couleur émaillée sur la surface inférieure) et l’intérieur en verre translucide assurant la fonction d’éclairage artificiel. La transparence de cette toiture fut abandonnée, car les contraintes techniques (pentes de la verrière ; thermie) nous paraissant hors de  proportion avec l’effet final.

 Un mobilier ad hoc sera créé pour les entretiens « libres » dans les salles des pas perdus. Ils auront pour mission de stabiliser le flux de cet espace, d’assurer une certaine intimité, ainsi qu’un rôle de « créateurs d’ombres », ou de brise-soleil intérieurs, surtout pour la salle des pas perdus sud.


L’atypique

Circulation de la zone bureaux 

 Le module est le maître mot de l’atypique. Il permet d’accommoder autant les surfaces d’un programme que les dimensions liées à son ergonomie. De longs tâtonnements nous ont poussé finalement à articuler le module, non seulement avec les hauteurs des marches d’escalier, les hauteurs des protections des toitures, toujours plates, les cadrages visuels depuis l’intérieur, mais surtout avec les croisements dans l’espace des ponts de l’atypique au-dessus de l’accueil central. Nous sommes donc en mesure de « croiser » dans l’espace un module de 0,90 cm [5] pour les espaces fonctionnels horizontaux, avec une plaque d’Émalit de 0,90 x 1,60 m, qui devient l’élément principal des façades de l’atypique.[6]

 Pour la distribution des espaces de travail, nous avons essayé, dans la mesure du possible, d’installer ces modules (0,90 x 5,62 m) en vis-à-vis, séparés par une double circulation encadrant les espaces aveugles du programme, à savoir : attente des visiteurs, entretiens des avocats, reprographie, stockage, archives, gaines techniques, etc.

La structure de l’atypique se plie strictement à cette logique : les parois extérieures sont plutôt en membrane de béton perforé, selon les exigences des ouvertures des bureaux ; les couloirs sont tenus plutôt par des points porteurs contreventés en partie centrale. Ceci nous permet de minimiser l’impact de la structure sur la flexibilité des cloisons. L’imposte vitrée systématique nous permet de décomposer à la verticale le cloisonnement et les menuiseries, pour ainsi véhiculer « visuellement » cette flexibilité.

 Les espaces de circulation de tout le palais seront en marbre reconstitué sans veinage, de couleur blanche, marquant ainsi l’unité qui doit exister, même entre typique et atypique. En revanche, l’intérieur des espaces individuels de travail sera en moquette, et les parois en tissu, pour des raisons d’acoustique. De même pour les plafonds suspendus, en plâtre perforé grand module, laqués blanc. Nous prévoyons aussi une pièce verticale vitrée de 18 cm (correspondant à la largeur du poteau) en tête de cloison, pour les cas où il n’y a pas de poteau en face, côté façade.

La structure des ponts atypiques a été étudiée pour éviter, dans la mesure du possible, une rupture dans la lecture des façades entre les parties ancrées au sol par la fine membrane et les parois (poutres Veerender) franchissant le vide. Un module vertical opacifié toutes les trois trames vides a dû être imposé dans la plupart des élévations. La sous-face de ces volumes aériens seront finis par des pré-dalles en béton blanc suspendues depuis la dalle principale : la permanence des sous-faces est impérative.

 Les façades de l’atypique sont constituées d’un revêtement verrier Émalit , servant à protéger l'isolant qui évite tout pont thermique au bâtiment. Ces plaques d’Émalit sont présentées à la verticale : larges de 0,90 et hautes de 1,60 m, elles sont tenues en haut par de fines pinces ou par des bavettes en cuivre naturel ; la partie inférieure est tenue par des capuchons de métal laqué ayant pour fonction d’articuler fermement la plaque à la membrane de béton en arrière. Les menuiseries en aluminium laqué auront des stores à lamelles entre les feuilles du double vitrage, créant un effet de pâle opacité de l’extérieur, ainsi qu’une parfaite et douce abstraction entre les parties opaques et transparentes.

Les lignes horizontales en cuivre naturel, qui retiennent les plaques ou protègent le bâtiment (couvertines), vont intervenir dans la lecture du bâtiment en insistant sur le graphisme horizontal en perspective et en équilibrant la verticalité des plaques, frontalement.


                                                             La pierre unitaire[7]

 Un granit d’apparence régulière, ou une pierre suffisamment dure, doit recouvrir toutes les surfaces publiques du palais : le socle belvédère, les emmarchements, le soubassement le long de la rue Victor-Hugo, face à toutes les rues et places. Même sur les petites surfaces. Car ces surfaces doivent créer un effet de grande simplicité, une élégance tranquille pour les sols publics, afin de leur conférer une dignité sereine sans ostentation aucune.

 

NOTES

 [1] La structure porteuse est reportée en périphérie pour diminuer son impact et se faire relayer par les voiles verticaux des petites salles et les fins poteaux périphériques des grandes salles d’audiences.

[2] Pour la salle nord-ouest des pas perdus, nous avons profité de la nécessité d’une rampe périphérique pour articuler horizontalement un volume bas vitré, dont le traitement du verre diffère en ce qu’il est en partie réfléchissant. Pour la salle sud-est des pas perdus, un portique-store est installé à l’intérieur, ainsi que des verres inclinés dans leur moitié inférieure, le tout sous le grand porte-à-faux du toit.

[3] Entretien qui sera assuré par des entreprises privées. 

[4] Un dispositif assez invisible nous permet d’utiliser les parois de lumière en verre, séparées de 25 cm entre les deux nus de la structure, comme des diffuseurs de ventilation, ou des pièges à sons, si l’on perfore les parois transparentes.

 [5] Cette trame de travail nous permet, avec une profondeur maximum de 5,62 m, d'accommoder les surfaces les plus courantes du programme: 3 modules pour les surfaces de 12-15 m², 4 modules pour 20 m², 5 modules pour 25 m², etc. 

[6] Trois modules de 2,70 d’entraxe nous amènent à déterminer le carré de 2,60 x 2,60 m de hauteur sous plafond, qui devient la section minimum.

[7] Qui doit, entre autres, intégrer la paroi en pierre où se trouve le blason.

 

Façade sur le boulevard Jean-Jaurès (escalier définitif)

N.B. Les illustrations ont été ajoutées pour le blog.

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