CONFERENCE TRANSCRITE PAR STUDIO B ARCHITECTURE SUR FACEBOOK LE 06/04/12

Voici un petit texte d'Henri Ciriani que j'aime beaucoup et que je vous conseille de lire...jusqu'au bout :
Je pense que l'architecte est quelqu'un de très bien, quelqu'un qui ne produit pas par son action des violences. Même le bâtiment le plus laid ne tue personne. Etre un architecte est aujourd'hui une responsabilité sociale bien supérieure à hier, où on avait un peu la complicité sociale avec nous. L'architecture a à faire avec l'amélioration de la vie de l'homme, et je combats tous ceux qui ne l'améliorent pas. L'architecture a à faire avec une méditation de l'usage. Méditer n'est pas réfléchir, ni penser, c'est donner le temps de penser. Quand on est architecte, on ne peut pas être pressé. Un architecte n'est pas quelqu'un qui s'installe dans le passé, ou qui peut s'identifier avec l'histoire. Je pense avec ma génération que l'histoire est un ami. Nous sommes obligés d'avoir toute la culture avec nous, et nous ne pouvons donner que tout notre temps pour travailler. A l'intérieur de cela, les gens vous prennent pour un Cro-Magnon, quand on dit que l'architecte, c'est quelqu'un qui ne peut pas souffrir le monde comme il est, c'est la raison pour laquelle son objectif est de le transformer. Sans transformation, il n'y a pas d'architecture.
L'architecture est une transformation de la réalité, le titre à l'intérieur duquel on m'a mis désenchantement ou désir ne me convient pas du tout. Je ne suis pas désenchanté. Pour être désenchanté, il faut avoir espéré que quelqu'un d'autre ait résolu les problèmes. Un architecte, c'est quelqu'un qui se lève le matin pour les résoudre. Nous savons tous que c'est dur et difficile. Je peux dire par contre que le fait que ce soit l'Etat qui organise ces journées de l'Architecture est unique au monde. Donc, je suis un optimiste. Si vous voulez savoir qui je suis, je suis profondément optimiste et ne pense pas que no future soit un bon mot. Le chaos n'est pas mieux que l'ordre, je ne pense pas qu'une architecture de l'esthétique du mal-foutu comme cette salle soit mieux qu'une salle qui fonctionne bien... Cela va pour l'instant ?
Il y a une mutation. Avant, nous avions des idées et nous attendions le moment de les mettre en exercice, tandis que maintenant on est très contents si on nous donne du travail : c'est une mutation. C'est-à-dire que nous assumons le programme. Maintenant, nous avons devant nous une société incapable de fixer un programme, donc nous sommes dans l'obligation d'adapter, et ce n'est pas parce que nous nous adaptons à une société qui ne sait plus où elle va que nous devons imaginer une architecture du mal-foutu, du ça sera bien plus tard, on verra bien... Moins on en définit, mieux on se porte parce qu'à l'intérieur des salles, les machines et les ordinateurs vont pouvoir constamment changer le programme. Je ne suis pas de cette génération-là, je ne suis pas d'accord et je pense que j'ai tort si je peux pousser un jeune à imaginer que le futur, c'est la machine qui va décider pour lui. Qu'il commence son projet, et au fur et à mesure, une transformation se fait. Toute discipline, plus ou moins scientifique, a un secteur expérimental. On le sait. Je pense qu'il faut être suffisamment adulte, civilisé, culturel pour savoir quand cela doit être expérimental, ou pas. Aujourd'hui, on présente l'activité expérimentale comme l'activité proposons du futur. Tandis que l'activité expérimentale signifie expérimentons pour voir ce que cela donne : cela n'a aucune garantie de futur.
Il y a deux préjugés terribles qui précèdent l'arrivée d'un architecte n'importe où. Le premier, c'est qu'il fait cela pour lui. Le second, c'est que c'est plus cher. Vous venez de signifier les deux comme une qualité architecturale. En fait, vous partez du même préjugé, qu'un architecte ne va jamais avoir comme seul objectif de résoudre la problématique de son client, qu'il va faire une oeuvre. Vous le condamnez déjà par cette volonté de faire une oeuvre, bien qu'il soit un être normal, et que le programme soit un programme économique. Je ne comprends pas comment, dans votre condition de philosophe, vous supposez qu'une valeur ajoutée humaine soit négative.
J'ai très bien compris. Ils disent " J'ai un petit terrain, je veux plus grand ", je vous préviens que la responsabilité première d'un architecte est de dilater l'espace. Si après avoir agi sur un terrain de 10 m2, vous avez l'impression d'en avoir 8, il faut mettre en tôle l'architecte. La première responsabilité de l'architecte, humaine, est de faire dilater cet espace. Donner plus d'espace est donc le minimum. Et quand vous dites que vous avez été touché parce qu'à aucun moment, l'architecte ne donne l'impression qu'il va imposer. Pour l'architecte, son métier, c'est de connaître la forme, donc il va imposer ce qui sera vu. Pourquoi serait-ce contradictoire avec la demande ? Pourquoi suppose-t-on que la demande la plus humaine est invisible ? Cela fait plaisir à absolument tout le monde, et c'est là où l'architecte qui dit : " Moi la forme, je ne connais pas, ni l'espace, je fais ce que je peux avec un programme ", il a toujours la salle pour lui.

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