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ÉTUDE D'URBANISATION DU PARC LÉO LAGRANGE A REIMS 1981-1982

Cette étude, commandée par l'Effort Rémois et la Ville de Reims, fut menée pendant deux ans et cherchait à démontrer que morphologie et typologie de l'habitat devaient être menées de pair. L'espace central de la composition est délimité en vis-à-vis par des bâtiments de logements en équerre. Ces logements sont principalement des duplex qui disposent de terrasses double hauteur ménageant une transparence au front d'urbanisation. Ce projet développe plusieurs constantes des théories de Ciriani sur le projet urbain, à savoir la "pièce urbaine", le "front d'urbanisation", , le "bâtiment linéaire, le "bâtiment perméable", la "transparence", et "vivre en hauteur". Malheureusement, la crise économique de 1983 mit un point final à cet essai d'aménagement urbain que certains jugeaient "utopique".


Plan programme


 

Plan de masse           



Façade est




Façade ouest

Les objectifs étant de constituer un boulevard avec des constructions à gabarit uniforme (R + 5 de hauteur, maximum autorisée par  le faisceau visuel de la cathédrale) et de dégager une esplanade devant la maison des sports existante, et par là même l'orienter vers cette grande artère, il paraissaient évident, eu égard à la taille des terrains disponibles, que des bâtiments linéaires bordant le boulevard et se retournant en bordure de l'esplanade seraient la solution volumétrique imposée.

 En raison de leur situation , ces immeubles pouvaient réserver leur rez-de-chaussée à des boutiques, des accès d'immeubles, des équipements scolaires.

Le programme global à long terme devait être de:

  • 260 logements 
  • 260 places de parking
  • une école primaire et maternelle
  • une esplanade d'une capacité d'accueil pour 150 voitures et 5 cars
  • une surface commerçante d'environ 1000m2 à l'ouest du boulevard, en rez-de-chaussée des immeubles résidentiels.

LE LOGEMENT N'EST PLUS D'ACTUALITÉ

Texte publié il y a vingt ans dans le numéro 287 de la revue CREE Architecture Intérieure

 Le logement n'est plus au centre de la réflexion architecturale, comme il le fut entre les deux guerres ou sous l'impulsion du rationalisme italien des années 70 ─période où l'on établit la nécessité d'articuler les typologies du logement avec la morphologie urbaine pour éviter la perte de sens et de forme à la ville. Cette nécessaire articulation a secrété une perversion en rendant la typologie dépendante de la morphologie; ce qui se justifiait alors, quand les nécessités contextuelles étaient importantes, cesse de l'être aujourd'hui, surtout avec l'apparition des figures urbaines minimalistes. En Hollande, où les coûts de construction sont très bas et où les réglements interdisent tout pont thermique, le pays produit des logements recouverts d'une peau légère. Dénués de force tectonique, ils recourent à des subtilités graphiques pour s'en tirer; ces subtilités dont la mode raffole, car elles maintiennent l'illusion de nouveauté. Nous assistons ainsi à l'apparition de figures urbaines dénuées de complexité qui imposent leur banalité et leur pauvreté spatiale à des logements-figures et se couvrent de fenêtres espacées qui ajoutent au banal l'ennui, ou, pire, transforment toute paroi extérieure en surface de verrière rendant conflictuel l'usage intérieur. S'y ajoute le désarroi lié aux préoccupations sécuritaires dues au terrorisme et aux violences urbaines qui repoussent les projets vers des îlots protégés."
En vingt ans, la France a fait du logement social un laboratoire qui a reconstitué une culture architecturale.
Dès les années 70, la France a fait du logement social la base de son laboratoire d'architecture. Après la période des grands ensembles, où la quantité était autant un objectif que la modernisation, le pays réintroduisait du sens dans sa production de logements; de l'urbain et de la qualité architecturale. Lorsque la gauche arrive au pouvoir, au début des années 80, elle est privée de la plate-forme légitime: le social, car le logement est déjà traité. Au lieu de le porter vers des horizons nouveaux, elle se laisse tenter par des programmes d'architecture objet, dont l'image contamine le logement.
Progressivement, tous les excès de l'architecture d'auteur et des techniques publicitaires ont envahi le logement en se surajoutant à la prédominance de la morphologie urbaine. C'est très grave, car les qualités essentielles du logement sont sa pertinence sociale et sa fonctionnalité..., seule garantes de sa dignité.
La violence urbaine interdit tout signe de convivialité, au détriment de l'habitabilité.
Nous sommes confrontés à une nouvelle difficulté: celle de maîtriser les déséquilibres liés au chômage. Une dizaine de chômeurs suffisent à déstabiliser le corps social d'un immeuble? Dès lors, ce que nous créons pour favoriser la convivialité entre voisins inquiète les maîtres d'ouvrage. Si ce phénomène s'accentue, le logement en tant que logique collective risque l'interdit, et la sécurité risque de devenir la préoccupation majeure de l'architecte. C'est antinomique avec l'attitude prospective de notre travail, centre sur la liberté de la pratique spatiale.
La procédure du concours ne convient pas au logement
Curieusement, depuis que l'on a imposé la procédure des concours, moi ─qui suis un homme de logement─  je n'ai plus d'opérations à faire en France. On ne pense plus à moi pour des projets urbains. Un concours pour des logements a peu de sens. La complémentarité amicale avec les maîtres d'ouvrage sociaux me semble très importante..., car les qualités auxquelles ils sont attentifs sont difficilement appréciables pour être jugées dans un concours, où l'image globale, facile à comprendre prime sur toute subtilité, sur toute qualité typologique.
Les Français donnent l'impression que la France est un pays en train de se défaire... Au contraire, il se fait très bien
 La période est dure, mais le logement bénéficie désormais, à coûts abordables, de remarquables acquis techniques: variété et performances des produits verriers et des menuiseries métalliques, taille des radiateurs, mobilité des cloisons, protections acoustiques et thermiques performantes, fines et légères. Dans le logement, il ne faut pas se tromper sur ce qui est ou non permanent. A titre d'exemple, les banches de béton garantissent l'étanchéité entre les cellules d'habitation tout en accordant à la façade une autonomie pour jouer avec le contexte.
Le futur du logement est indissociable de l'idée d'une bouteille autonome dans son casier. On sait désormais que l'on ne peut industrialiser que les parties assujetties à l'évolution des techniques, c'est à dire rien qui soit essentiellement lié à la forme du logement.
Les progrès technologiques et médiatiques introduisent des modifications du cadre de vie. Les premiers par leur capacité à réduire, à miniaturiser ─d'où un surplus à venir d'espace─ et les seconds, parce que l'utilisation des espaces change: le numérique modifie la notion de stockage; la motorisation des éléments du bâtiment autorise la ventilation ou l'éclairage des pièces "à la carte". Les espaces ne seront plus uniquement fonctionnels; les habitants les géreront de façon ludique, voire émouvante; il va falloir offrir des murs peints, vides, mats, actifs, poreux, lisses, permettant leurs modifications sensorielles ou les projections d'images, virtuelles notamment...
Mais il faut savoir que si la société continue à se préoccuper si peu de valeurs humaines honorables, telles que la solidarité, le partage et la générosité, le logement ne peut pas fleurir.
Toutefois, quel que soit le futur du logement, c'est lui qui devra faire la ville. Quelles que soient les défaillances du logement, la ville se doit d'être belle et de continuer à être le lieu où se mélangent le familier et l'inattendu. Elle se doit d'être attractive notamment pour la valeur économique majeure de son futur, le tourisme.
L'idée de Corbu selon laquelle la maison est un palais induit que l'architecture entre par les fenêtres comme du soleil. Nous sommes au cœur d'un moment magnifique comparable aux années 30 ─où l'on doit faire des palais pour des gens qui, du fait de la raréfaction du travail et de la miniaturisation technologique, vont avoir plus de temps à vivre, et donc une exigence d'architecture, car celle-ci assurera le besoin d'intériorité tandis que la ville satisfera celui du relationnel.
Le bâtiment perméable est un progrès par rapport au bâtiment linéaire
Si l'on veut admettre que  l'immeuble-villa résume le mieux l'idée d'une maison comme palais du domaine collectif, mes recherches essaient de concrétiser ou de faire évoluer les concepts dans la forme de l'édifice (morphologie) et dans celle du logement (typologie). Trois orientations m'apparaissent clairement: l'édifice perméable, qui tente de rendre transparent une partie du bâtiment linéaire, thème développé depuis Chambéry (1983), Rotterdam (1988), la Haye (1995), et construit en partie à Colombes en 1995. Simultanément, la typologie maigre permet des logements à triple orientation qui donnent une forme "libre" au bâtiment (voir mon projet de Groningue 2, de 1992); et la maison urbaine dense, issue d'un expérience personnelle: le triplex, favorisant les capacités d'adaptation aux différents modes de vie et aux immeubles de grande hauteur (cf. mes projets pour le Plessis-Robinson en 1991, et Boulogne en 1987). Dans le logement vertical, la double hauteur, qui constitue la centralité dominante du duplex, apparaît plus normale, car elle dilate et qualifie une spatialité globale.
Ces trois directions me semblent poser la question du logement aujourd'hui en attente de jours meilleurs.
Propos recueillis par Christine DESMOULINS




CHAMBÉRY 1980 A 1983

Francis Ampe avait trente-deux ans lorsqu'il fut élu en 1977 maire de Chambéry avec une liste d'union de la gauche. Peu après il nommait comme conseiller à l'urbanisme et directeur de l'atelier municipal, Jean-Patrick Fortin, ami et collègue à UP8 de Ciriani. Lorsqu'il fut question de restructurer le centre ville après la libération des casernes, la société d'équipement de la région de Chambéry, sur recommandation de Fortin, commandait à Ciriani une étude pré-opérationnelle parallèlement à l'étude d'impact de la Ville.
A la suite de l'étude, rendue en octobre 1980, l'office d'HLM de Chambéry commandait à Ciriani la conception de173 logements, une cité d'artistes, des commerces et services sociaux. L'opération obtint le label REX et une subvention du Plan Construction mais elle fut arrêtée par le maire RPR élu en 1983 alors que les travaux avaient démarré.

Ci-dessous le rapport de l'étude remise à la Ville de Chambéry en octobre 1980, suivi du projet de logements  conçu entre 1981 et 1983.















OPÉRATION QUARTIER RÉPUBLIQUE 1981-1983
Maître d'ouvrage: O.P.H.L.M. de la Ville de Chambéry
Architecte associé: Richard Henriot
Programme:
A l'emplacement de l'ancienne caserne Barbot et longeant l'avenue de la République, l'ensemble comportait:
- 173 logements HLM composés essentiellement de deux typologies dites "de faubourg": un immeuble de type "villas suspendues" le long de l'avenue au nord (le bâtiment linéaire) et des maisons de type "hôtels particuliers" en frange du jardin au sud (les plots).
- Une galerie commerçante et 1000m2 de boutiques le long de l'avenue de la République, au rez-de-chaussée du bâtiment "front d'urbanisation".
- Un centre municipal d'assistance sociale de 900m2 sur quatre niveaux, avec accès par l'avenue de la République.
- Une cité d'artistes du côté de la Maison de la Culture.
- Un parking enterré de 173 places.

Une unité de colonnade des anciennes écuries était sauvegardée à l'est.

"Le projet explore une nouvelle voie dans la conception d'opérations d'une certaine importance, en milieu urbain ou en ville nouvelle: le travail d'une échelle intermédiaire d'intervention entre la typologie des logements et la forme de la ville: la création de "pièces urbaines".
Cette démarche implique que l'on tienne compte des objectifs suivants:
La figure
Constitution d'une forme urbaine claire, une figure géométrique simple constituée de bâtiments linéaires.
L'extérieur
Cette figure doit être reconnaissable de l'extérieur et, en conséquence, doit se démarquer de son entourage ou le conditionner, devenir identifiable et dialectique.
L'intérieur
La "pièce" doit posséder un "intérieur". Cet intérieur doit se référer à l'ensemble tout entier. La variété nécessaire des événements visuels ne doit pas nuire à son unité ou à son foyer spatial. L'intérieur est indissociable du programme et, en même temps, par sa dimension et sa présence, doit apparaître comme une partie urbaine de la ville, comme une contribution à l'ensemble des espaces publics de la ville.
L'architecture
Cet espace intérieur doit être "tenu" par l'architecture. Il doit donc apparaître comme l'espace vital des bâtiments qui le bordent. Ses parois doivent se confondre avec les façades des immeubles. L'espace met donc en relation les bordures, leur assignant un rôle formel précis qui devrait contribuer à l'unité intérieure --collective-- en même temps que satisfaire les besoins ou exigences des logements --individuels. La transparence, le travail en strates, le vocabulaire architectural, autant d'éléments qui servent à transcrire cette épaisseur architecturale nécessaire à l'échelle de l'ensemble.
Le contexte
L'incidence de l'environnement sur un projet est une donnée essentielle de l'architecture. Il s'agit d'établir un rapport dialectique entre l'existant et l'avenir, une mise en valeur réciproque de deux situations spatio-temporelles.
A Chambéry, nous avons "intégré" le contexte au projet à différents niveaux:
La géographie
Chambéry se présente comme un carrefour de vallées surplombée par des montagnes boisées. Outre que cela privilégie les lignes de faîtage, la situation du terrain en bordure d'une vallée a permis d'ouvrir la ville, à travers des transparences dans la forme urbaine, vers un paysage encadré.
Au sud du terrain, la montagne. Là, le P.A.Z.(plan d'aménagement de zone) a dégagé un secteur d'ombre, un jardin le long duquel se dispose une ligne de bâtiments percée de transparences sur 40% de son linéaire, des bâtiments de type "hôtels particuliers".
Au nord du terrain, le long de l'avenue de la République, s'étire un "front d'urbanisation" à la hauteur maximale de 21 mètres. Les circulations et accès, concentrés au nord, dégagent le sud pour les terrasses; la valeur accordée au contre-jour fournit au bâtiment ses parties évidées qui enrichissent sa silhouette. Le soleil et le site déterminent ainsi les caractéristiques formelles les plus marquantes du projet.
La présence envisagée de la Maison de la Culture dans le périmètre de l'opération nous a fourni l'occasion de l'encadrer par un porche important à l'ouest.
La situation de "porte de ville" du carrefour Jorcin et la forme en sifflet du terrain vont conditionner le bâtiment "équerre" à l'angle est.
La brèche ouverte dans le bâtiment qui longe l'avenue de la République permet à l'espace intérieur (cours central) de retrouver une respiration face au segment d'écurie conservé. Cette brèche, et la courbure du bâtiment, respectent la présence de platanes centenaires.
Pour satisfaire aux deux lectures du bâtiment, le travail porte sur l'autonomie virtuelle des parois des immeubles en tant que représentation soit de l'unité de l'ensemble, soit des volumes habités."
Henri Ciriani
Texte accompagnant la publication du projet dans la revue française AMC N°2 d'octobre 1983


Le bâtiment linéaire - front d'urbanisation
dessin du 16 juillet 1982
dessin du 17 juillet 1982
Elévations générales sud (en haut) & nord (en bas) avec les plots en premier plan - documents du dossier de consultation des entreprises (octobre 82)


coupe-élévation type - dessin du 22 décembre 1981


















dessin du 19 octobre 1981











Les plots - type "hôtels particuliers"
élévations sud et nord - plans du dossier de consultation des entreprises (octobre 82)

La pièce urbaine dans la ville

 

PUBLICATIONS

GA DOCUMENT (JP) N°6 1983 Présentation du projet par H.Ciriani