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LA POSITION DU MISSIONNAIRE

 EXTRAITS DU COLLOQUE ORGANISÉ PAR LES CAHIERS HABITAT ET DÉMOCRATIE À HYÈRES LES 3-4-5 JUIN 1988

Le samedi après-midi à 13 heures, intervention de Ciriani:

 Vous devez avoir faim. Je vais essayer de conclure cette matinée en vous apportant de la nourriture.

Nous avons vu énormément d'architectures, et il est très difficile de passer d'un discours à l'autre, d'une formalisation à l'autre, sans au moins sortir prendre un café. Je vais laisser cette image quelques temps, en manière de pause. Ce sont des bâtiments linéaires, et c'est mon histoire: je ne fais que des lignes. Tracer une ligne est un problème immense.

 La chronologie de ces projets montre bien que l'architecture est dépendante d'autre chose que d'elle-même, et plus précisément, comment la taille des opérations s'est réduite en France, de 1971 à 1980, depuis les premiers grands concours nationaux, l'époque du réveil de l'architecture.

 Je tiens à le souligner, ce réveil a été mené presque exclusivement par les écoles d'architecture. Elles ont réalisé un travail considérable, juste avant 68, et surtout après 68, pour reconquérir l'espace public, pour donner de l'urbanité à l'architecture, et même, comme c'est mon cas, pour lui trouver une autonomie.

 Ce qui a été gagné dans les années 70 est aujourd'hui très souvent perverti et dévié. L'époque est à la confusion et à l'amalgame, symétrique de l'amalgame de 68, où autorité et maîtrise ont été confondues. Cet amalgame est fait maintenant dans nos travaux, entre discipline et métier, ce dont souffre la France.

 (Ciriani présente le projet qu'il a réalisé dans la Ville Nouvelle de Marne-la-Vallée"

 Voilà un espace moderne.

 C'est mon premier travail, que j'ai dû faire dans l'angoisse de devenir, si je ne parvenais pas à la construire, le N° du hit-parade de l'architecture de papier en France.

Parmi ceux d'entre nous, qui nous préoccupions d'architecture, très peu avaient la possibilité de construire. Aussi, dans ces bâtiments, ne se se représentent pas seulement ma logique, et mes obsessions: j'ai dû assumer 10 années de réflexion collective sur l'architecture.

 (Après avoir situé la commande, il poursuit:)

  La Ville Nouvelle , c'est un espace ingérable, essentiellement homogène et non qualifié. Ces bâtiments devaient être un front d'urbanisation. Mais nous ne savions pas ce qui allait venir en face. C'est le drame des Villes Nouvelles: on finit un bâtiment, on se couche et on prie. A la limite, nos bâtiments pouvaient rester seuls.

Il fallait créer une présence, des bâtiments en attente de leurs articulations urbaines, mais suffisamment puissants pour pouvoir tenir eux-seuls tout le quartier.

 Cette problématique, j'ai pris le parti de l'assumer avec une figure très simple: 3 petites lignes assemblées en T. J'avais comme support la liaison organique de la ville nouvelle, et un bouclage routier. Le T a été placé en rapport à cette seule réalité du site. A l'endroit où le réseau routier et le réseau piétonnier se croisent, j'ai choisi de créer un seuil qui permet d'entrer dans une intimité. C'est un grand espace extrêmement dessiné, et déclaré "célébration des H.L.M."

 Je fais la démonstration qu'avec une figure simple, un T, on peut faire et tenir des espaces, qualifiés différemment et fortement, si un travail est fait sur l'architecture. Je suis de plus en plus convaincu qu'il faut pour l'urbanisme une idée très simple, et ensuite, passer son temps à faire l'architecture.

 

Propos extraits d'un compte-rendu du colloque. Le titre est celui de la revue.

CIRIANI PRÉSENTE SON PROJET DE 300 LOGEMENTS A MARNE-LA-VALLÉE AU DÉBUT DU CHANTIER


Au mois de mars 1978, Marc Emery, à l'époque rédacteur en chef de la revue Architecture d'Aujourd'hui, demanda a Ciriani l'autorisation de publier le projet des 300 logements dont le chantier venait de commencer à Marne-la-Vallée. Ci-dessous le texte qu'écrivait l'auteur pour expliquer son projet. Le chantier fut achevé en 1980 et devint "La Noiseraie". 









NOISY II, LA BARRE A MARNE, MARNE-LA-VALLÉE, 1980

 ARTICLE PUBLIÉ DANS LE NUMÉRO SPÉCIAL "MODERN ARCHITECTURE AND THE CRITICAL PRESENT" DE LA REVUE AD ARCHITECTURAL DESIGN PROFILE

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ECRITS SUR LA NOISERAIE A MARNE-LA-VALLÉE: ZODIAC (IT)

COMPLESSO DI EDILIZIA PUBBLICA NOISY II
NOISY-LE-GRAND, MARNE-LA-VALLÉE
Il projetto proponeva la realizzazione di un pezzo di città in grado di integrare i caratteri urbanistici della ville nouvelle. Il collegamento organico di una strada pedonale taglia in senso ortogonale la via principale ai margini del terreno, proceede rettilinea attraverso l'isolato sul lato opposto e termina alla stazione della metropolitana e al centro commerciale della zona. Questi dati geometrici semplici sono alla base della scelta dell'impianto planivolumetrico: una figura a "T", che rappresenta al tempo stesso la struttura e la delimitazione dello spazio costruito. Tale figura è costituita da:
- un corpo anteriore che occupa per tutta la lunghezza il bordo del terreno; questo primo edificio rettilineo ha due funzioni: rappresenta il "fronte di urbanizzazione" del quartiere che delimita, e, in quanto limite di bordo della parte di città, determina con gli edifici di fronte la formazione di un boulevard;
- una seconda edificazione divisa in due corpi rettilinei perpendicolari al primo, che racchiude uno spazio centrale ubicato sopra le strade di servizio interne e  corrispondente alla strada soprelevata di collegamento pedonale. Un ampio portico nel punto di intersezione indica l'ingresso allo spazio "domestico" dell'insieme. Tra questi corpi lineari si creano eventi spaziali semplici, che creano una tensione determinata dalla profondità delle facciate e dalle molteplici prospettive che esse producono, mentre un'unica linea dominante, quella dell'altezza di colmo, conferisce unità al complesso. Il corpo anteriore, lungo m 180, sfruttando l'inclinazione del terreno verso un'ampia spianata, costituisce il fronte rappressentativo di tutto il quartiere. Ai margini del complesso, le facciate delle barre parallele riacquistano una scala simile a quella del corpo anteriore, per accentuare l'unità dell'insieme.
Henri Ciriani, publié dans la revue italienne ZODIAC n°13, juin 1995

UN AIR D'ÉTERNITÉ

Par Frédéric Edelmann

Publié le 6 avril 1978 dans LE MONDE

Lorsqu'on arrive à la Noiseraie, nom commercial qui affecte ce bâtiment, on reçoit un choc brutal: c'est une barre immense, écrasante, majestueuse. A bien compter, elle n'est pourtant pas haute avec ses six étages; sa largeur présente n'a rien qui puisse heurter un habitant des villes, et elle n'est pas non plus une de ces fantaisies formelles ou de ces pirouettes colorées qui font parfois office d'habitation. Il faut se rendre à l'évidence: il se passe ici, à Noisy-le-Grand, dans Marne-la-Vallée, quelque chose d'inhabituel. Un événement, peut-être, dans la léthargie de l'architecture française?

Non, ce n'est pas une préfecture, ni un hôpital, ni un immeuble de standing. C'est bêtement une H.L.M., dite "en accession à la propriété". Cela signifie qu'à défaut de moyens financiers, l'architecte Henri Ciriani et son collaborateur Vincent Sabatier ont dû investir sans compter leur temps, leur métier et leur imagination. A ce prix seulement, une construction sociale est devenue un logement digne de ce nom.

Sans doute l'aspect monumental de la façade (lui reprochera-t-on?) bénéficie de la disposition du terrain incliné vers une large plaine. Il est lié encore à l'inachèvement de la "barre" dont la largeur sera plus que doublée: les proportions en seront alors adoucies, sa majesté ne sera plus tyrannique. Mais il faut d'abord chercher la source de cette impression dans l'ordonnance classique des éléments verticaux, limités par deux bandes horizontales dans lesquelles on pourrait lire une simple "escarpe" et un vieil "entablement": Ciriani ne cache pas sa passion pour les colonnades de Perrault et, les citant, il en retrouve l'esprit.

Venant de la proche station du R.E.R., on franchira par un large portique ce premier corps de bâtiment. Derrière celui-ci, deux autres immeubles en voie d'achèvement descendront en gradin vers une rue intérieure réservée aux piétons. Vallée tranquille, rassurante comme un creux boisé de montagne, où il faudra venir. Car les entrées sont reportées à l'extérieur des différents blocs, et elle ne sera pas un couloir de passage. D'une manière générale, la circulation entre les différentes parties semble parfaitement efficace. Que l'on soit éjecté du garage souterrain, ou projeté depuis la passerelle du R.E.R., on trouve un véritable cheminement dont chaque étape a sa signification propre. Ainsi les espaces, les volumes et les formes sont autant de repères qui définiront des parcours individuels riches. Déjà, on peut accorder à Ciriani cette "évidence architecturale" qu'il a cherché à produire.

Il y a des pôles évidents: l'allée centrale, bien sûr, et une place carrée, non centrée, vers où convergent les pas de l'habitant; la tourelle d'un escalier extérieur, seul élément rond dans ce complexe de lignes droites, et qui devrait agir à la manière d'un beffroi? Cette masse abrupte mais équilibrée, sauvage mais amicale, admirablement dessinée, est un point fort dans l'ensemble, et un plaisir par chacun de ses détails. D'autres pôles sont encore l'amplitude du portique, la dissymétrie calculée des bâtiments, les reliefs et retraits réguliers des façades.

Il y a ensuite des signaux: les entrées de formes différentes  -elles ont donné l'occasion de nouvelles "citations" à Kahn, Le Corbusier, Scarpa, etc. -ou les ouvertures des terrasses supérieures, fenêtres dressées dans l'espace qui laissent apercevoir les cieux libres d'un Magritte.

Enfin, le soin apporté au traitement de chaque élément, jusque dans les détails les plus infimes, donne à cette H.L.M. un air d'éternité. On est loin de l'aspect transitoire habituel à ce type de construction. Le chef de chantier, Joseph Savarino, a joué sur ce plan un rôle primordial, en surveillant, et souvent en reprenant, les voiles de béton avec une passion de créateur.

Les logements ont été l'objet d'un travail aussi rigoureux. Pour les cent-vingt-huit cellules de la première tranche de travaux (il y en aura trois cents au total), l'architecte a conçu une soixantaine de modèles différents. En utilisant trois types de fenêtre standard, il a établi une "progression" de la lumière dans chaque appartement, et il est parvenu à créer des zones qui ne soient pas interchangeables. Un refus, celui du "vertige", et une exigence, celle de l'"épaisseur", l'ont en outre conduit à "sécuriser" le passage de l'intérieur à l'extérieur, à limiter la transparence de la façade, à augmenter la densité des cloisons: plus (ou moins) de fuites sonores, et moins de joutes "caloriques" entre voisins dérobeurs de chaleur! Tout a donc été fait pour individualiser chaque cellule et permettre une réelle appropriation de l'espace.

On trouve dans l'agencement des appartements l'explication des reliefs verticaux qui définissent les façades. Les décrochements des murs, les boîtes-fenêtres en saillie, les loggias extérieures (et parfois intérieures) devraient, en effet, permettre l'orientation en diagonale des espaces de vie, et d'accroître ainsi la surface ressentie. C'est là une amélioration sans prix (et pourtant peu coûteuse!) que pourraient envier bien des immeubles "de luxe".

Ce remarquable ensemble, auquel le prochain numéro de l'Architecture d''Aujourd'hui consacre plusieurs pages, devrait avoir d'importantes répercussions sur l'architecture sociale en France. Ciriani a prouvé à qu'avec un budget très rigide, on pouvait atteindre une certaine perfection.

Peut-on parler ici d'une "cité heureuse"? A replacer la Noiseraie dans le décor de Marne-la--Vallée, on peut douter qu'elle offre toutes les facilités de l'existence. Elle reste en marge, et donc en deçà, de ce qu'offrent les villes: commerces proches, animation des rues, etc. Aussi l'"évidence architecturale" n'est peut-être pas une réponse complète à la solitude de ces villes des champs que l'on qualifie de nouvelles. Mais c'est au moins un espoir de "mieux-vivre"


NIEMANN REVENAIT 20 ANS APRES SUR LE SEGRAIS A LOGNES

1986. Zac Segrais, Lognes, Marne-la-Vallée

Henri Ciriani architecte

La zone d'aménagement concerté Segrais, à Lognes, constitue l'un des derniers éléments d'urbanisation dans l'est de l'agglomération parisienne. Inscrit dans le périmètre de l'Opération d'intérêt national qui a créé la ville nouvelle de Marne-la-Vallée dans les années soixante, le bourg rural, qui comptait 248 habitants en 1975, voit sa population augmenter de plus de 60% en 2004. En 1986, Henri Ciriani se voit confronté à une gageure: construire un lieu de vie à partir d'un plan d'urbanisme qui laissait peu de marge à la qualité des espaces.

A Lognes, le quartier Segrais se situe entre les deux axes de transport qui assurent la liaison avec Paris: la ligne A du RER au nord et, au sud, l'autoroute A4. Entre ces axes principaux, les vastes parcs aménagés et l'omniprésence de l'eau font référence au paysage agricole de champs et d'étangs que présentait la commune il y a une vingtaine d'années. La construction de cette Zac s'inscrit dans la bataille qui suit la rupture avec l'urbanisme moderniste dans les années soixante-dix qui verra s'affronter les architectes dits "post-modernes" prônant un retour aux leçons de la ville traditionnelle et ceux qui défendent les valeurs esthétiques et sociales du Mouvement moderne.
Dans la présentation de cet ensemble de logements (AA n°252, sept.1987), Jean-Paul Robert insiste sur la réglementation qui régit les interventions des architectes: "Ils travaillent en acrobates sur des figures imposées par des logiques de réseaux auxquelles l'entendement renonce, bien qu'ils soient aussi catégoriques que passages de canalisations et voies pompiers." L'un de ces acrobates, Henri Ciriani, se voit confier ce projet d'envergure. En 1968, il intègre l'équipe pluridisciplinaire de l'Atelier d'urbanisme et d'architecture (AUA) où il reste jusqu'en 1982, date à laquelle il ouvre sa propre agence. Au seiin du groupe presque mythique d'Uno (1) à l'Ecole d'architecture de Paris-Belleville, il développe et transmet la théorie de la "pièce urbaine". Si l'architecture s'inscrit dans la continuité de l'oeuvre de Le Corbusier, elle montre aussi des affinités avec l'esthétique et la théorie d'Aldo Rossi, centrée sur la recherche typologique et un urbanisme porté par des événements architecturaux. Robert décrit le travail de Ciriani comme étant, "à première vue formel et classique, tout préoccupé de symétrie, d'axes et de composition d'échelles. Il ne s'agit ni de formalisme ni de classicisme, ni de tradition. Mais de la volonté de prendre appui sur les conventions que chacun partage pour qualifier les lieux de vie."
Les circonstances concrètes que Ciriani doit affronter à Lognes ne lui semblent pas avantageuses. La revue rappelle la persévérance du maître: "Aussi ne s'est-il pas laissé décourager par le figure qui lui était donnée de crescent aplati, coupée en deux par une artère quasi élyséenne large de trente-cinq mètres, au débouché d'un chemin vicinal. Pas plus qu'il n'a été abattu par son interruption, quelques dizaines de mètres plus loin, par la viaduc curieusement oblique du RER, ni par la butte chauve nouvellement sculptée en face."
La façade quelque peu théâtrale qui donne sur la petite place est composée de deux plans: "Le premier, corde bandée entre chacun des demi-arcs, en contient la force. Le second est une grille tendue dans l'effort de se joindre en une horizontale continue. Fragile, sans épaisseur apparente, maniérée dans ses percements, elle affecte l'allure d'une arcade destinée aux futurs passants. Ces plans successifs dessinent la frontière, enferment l'espace, laissent descendre quelques morceaux de ciel. Ils tricotent en  somme les rapports des logements, qui les occupent et en profitent, avec la convention installée de la place: séjours au plus profond, chambres au plan intermédiaire, balcons généreux dans les interstices. Le crescent brisé est devenu arc."
Aujourd'hui, vingt ans après, cette idée principale, aussi conceptuelle qu'elle soit, se montre toujours très efficace. Elle semble correspondre aux besoins des habitants. La géométrie rigoureuse propose un cadre où peuvent apparaître les balcons en grande partie orientés vers le sud et le parc. "On est bien ici", constate un jeune homme, croisé dans le passage vers la cour intérieure. Il habite là depuis son enfance et se rappelle encore des travaux de finition des balcons lorsqu'il avait emménagé avec sa famille. A l'époque, il jouait dans la cour où son ami habitant l'immeuble voisin aux fenêtres carrées a perdu ses dents. Aujourd'hui, cet espace, réminiscence d'une agora grecque, est vide et les gradins en béton ont mal vieilli. Les enfants préfèrent désormais jouer sur un simple terrain de sport voisin La sécurisation de l'ensemble par des travaux de "pose de clôture" est annoncée par un panneau de permis de construire. Notre jeune homme estime que les travaux ne sont pas réellement nécessaire, mais probablement inévitables à notre époque. A l'intérieur du bâtiment aussi, les années ont laissé des traces: les couleurs entre vert brillant et vert menthe ont jauni et la laque du garde-corps s'écaille. Des cigarettes jonchent le sol des parties communes --fumer à l'intérieur des logements n'est plus à la mode. Par contre, les fenêtres directement scellées aux murs ne s'ouvrent toujours pas. Monsieur M., entrepreneur et, depuis quelques mois, habitant des logements privatifs, conteste l'état des lieux: "On dirait du HLM." Peu de travaux ont été réalisés au cours des vingt dernières années. A l'arrivée de Monsieur M., les copropriétaires l'ont chargé d'une mission de pilotage pour la rénovation du bâtiment.

L'ensemble a conservé son statut de centre du quartier: les locaux commerciaux au rez-de-chaussée sont occupés par un supermarché asiatique et Le Segrais, un bar PMU qui, le dimanche après-midi, est plein à craquer. La clientèle suit avec passion, dans la fumée des cigarettes, les courses hippiques; On boit du café ou de la bière Saint-Omer. A l'image du reste de la commune, la majorité des habitants est originaire d'Extrême-Orient.

Sur la route qui mène à la gare du RER, le chantier d'une nouvelle médiathèque est en cours. Le parc, avec ses équipements sportifs, sera également bientôt réaménagé. Et, alors que l'aubette et les panneaux publicité sur la place ont déjà suivi les nouvelles modes du mobilier urbain, seuls les réverbères en béton lavé témoignent encore de l'esprit des années quatre-vingt.

Sébastien NIEMANN
Architecture d'Aujourd'hui N°370, mai-juin 2007
Dossier "Architectures revisitées"

NOTES DE L'AUTEUR
(1) Expérimenté en 1969 après la dissolution de la section architecture des Beaux Arts au sein de l'atelier Ciriani au Grand-Palais (UP7), puis transporté à UP8 en 1977, Uno transforme les intuitions de Ciriani en programme pédagogique. Programme contrairement à la vogue de l'époque, qui s'appuie sur le dessin, la manipulation des formes et des concepts avec des passages obligés --le logis, le 30 x 30, les 4 logements, la pièce urbaine--, et, en dernière année, un séminaire de formation historique et théorique. Le tout devant former de bons projeteurs. A ce sujet, voir AA n°282 du 21 juillet 1992, M.-J.Dumont, "Portrait de l'artiste en enseignant".

On peut consulter dans ce blog une page dédiée à cette opération:

LE SEGRAIS A LOGNES 1983-1986

ROBERT ANALYSE LE SEGRAIS A LOGNES

MARNE-LA-VALLÉE LOGNES LE SEGRAIS

H.CIRIANI

Au touriste qui se rend à Marne-la-Vallée, on ne saurait trop conseiller de se prémunir d'une boussole. Une carte lui serait en effet inutile, soit qu'elle ne serait déjà plus à jour, soit qu'à la lire il lui faudrait une attention épuisante. Il ne pourra espérer le secours d'aucune pancarte, ni d'aucun de ses repères habituels. Il devra s'accommoder de ceux, étranges, entre lesquels il ballotera (châteaux d'eau déguisés en totem ou en ziggurat, boîtes de camembert géantes et jumelles monstrueusement érigées sur leur tranche) ou bien se fier à son flair d'automobiliste égaré qui saura évaluer pour lui sa distance d'avec l'autoroute.
Tel est le résultat de ce qu'il est difficile de nommer un "urbanisme" pondu par quelques caporaux d'autant plus soucieux d'en faire appliquer les réglements qu'ils savent mieux que ceux-ci sont sans fondement. Plaignez donc les architectes contraints de composer avec leurs pseudo-compositions urbaines en lesquelles se désarticule toute tentative d'ordonnancement: ils méritent la compassion. Et ne les taxez point des pires épithètes si, au bout d'un moment d'errement, le vertige vous prend de vous trouver dans ce qui vous paraîtra inévitablement une sorte de foire-exposition dont les allées ne seraient ni rectilignes, ni dénommées comme à la bataille navale. Ils travaillent en acrobate sur des figures imposées par des logiques de réseaux auxquels l'entendement renonce, bien qu'ils soient aussi catégoriques que passages de canalisations et voies pompiers. Grandes figures aux tracés avortés, parfaitement ignorants de la topographie. La terre même, autrefois vouée au blé, se révèle aujourd'hui meurtrie par la passage des engins qui ont refait le paysage pour l'adapter aux plans. Elle a renoncé à toute fertilité, reste sèche, crevassée, quand elle n'offre pas les ornières figées qu'ont laissées les pneus. Il faudra que des paysagistes s'attellent à la tâche pour que revienne l'herbe, et il faudra attendre longtemps avant de voir les arbres qui ornent pourtant avec constance tous les documents.
Avec un peu d'entraînement, cependant, cette fâcheuse impression d'incohérence s'atténuera: on finira par découvrir une classification des voies, on traversera un quartier mieux fini, on sera même peut-être séduit par un ensemble plus riant... Et l'on se prendra à se dire qu'après tout mieux vaut cela que rien, et que cet urbanisme, tout aberrant qu'il est, donne plus que s'il n'y en avait pas.
Telle est en tout cas la conviction de Ciriani, qui s'est trouvé, avant le premier coup de crayon, devant un de ces plans élaborés par la ville nouvelle, chargé de noir pour ce qui est indicatif et de rouge pour ce qui est impératif. Aussi ne s'est-il pas laissé décourager par la figure qui lui était donnée de "crescent" aplati, coupé en deux par une artère quasi élyséenne large de trente-cinq mètres, au débouché d'un chemin vicinal. Pas plus qu'il n'a été abattu par son interruption, quelques dizaines de mètres plus loin, par le viaduc curieusement oblique du Rer, ni par la butte chauve nouvellement sculptée en face. Optimiste invétéré, mais surtout propagateur infatigable de sa foi architecturale, il s'est employé à corriger, par le bâtiment qu'il avait à construire, les insuffisances patentes du plan qui lui était donné. Persuadé que l'urbanisme existe par les événements architecturaux bien davantage que par des intentions exprimées sur de seuls plans, il a voulu et réussi à insuffler de l'espace là où il semblait a priori si absent. Pour reprendre les termes qu'il emploie ailleurs dans ces pages, il l'a piégé, l'a domestiqué alors qu'il risquait de foutre le camp.
Les instruments de correction sont pour lui la maîtrise du territoire et la connaissance des proportions et des mesures de l'espace. Il faut encore y ajouter un travail inouï, sans lequel rien ne saurait arriver. Celui-ci semble à première vue formel et classique, tout préoccupé de symétrie, d'axes et de composition d'échelles. Il ne s'agit ni de formalisme, ni de classicisme, ni de tradition. Mais de la volonté de prendre appui sur les conventions que chacun partage pour qualifier des lieux de vie. Et si sans doute les moyens déployés semblent outranciers, c'est qu'il ne fallait pas moins pour redresser une situation compromise.
Le voici donc décidé à lire dans cet arc trop faible une lisière face à la colline antibruit. Le voici à l'empoigner pour le bander avec force. Il en attrape les deux morceaux disjoints et les creuse exagérément. Il sculpte symétriquement la masse des six niveaux et lui fait avancer les épaules, pour mieux absorber la surprise du trou béant qui la perce.Pour l'alléger, pour rétablir la courbe de l'alignement, pour absorber le choc qu'elle provoque avec la butte sa voisine, il la pourvoit en avant de deux plans. Le premier, corde tendue entre chacun des demi-arcs, en contient la force. Le second est une grille tendue dans l'effort de se joindre en une horizontale continue. Fragile, sans épaisseur apparente, maniérée dans ses percements, elle affecte l'allure d'une arcade destinée aux futurs passants. Ces plans successifs dessinent la frontière, enferment l'espace, laissent descendre quelques morceaux de ciel. Ils tricotent en somme les rapports des logements, qui les occupent et en profitent, avec la convention installée de la place: séjours au plus profond, chambres au plan intermédiaire, balcons généreux dans les interstices. Le crescent brisé est devenu arc.
Ciriani a voulu que les retours de masse qui se font face sur l'avenue pour l'encadrer soient traversés par un axe secondaire. Il a employé, à propos des porches qu'il a percés, un vocabulaire anatomique de "trous dans un corps musclé", dont les tendons seraient les balcons en saillie. C'est exprimer comment il s'est efforcé de les traiter pour y installer le passage du trop public au plus privé, autre distinction conventionnelle. Cette trouée transversale donne des vues sur les espaces arrière, cette fois dysymétrisés dans leurs rapports au territoire.
Les faces arrière font le dos rond. Elles se découvrent lisses, sereines, épanouies. Leur massivité et leur puissance sont adoucies par la sobriété de leur percement, et par le traitement des assises sur lesquelles elles s'appuient. Ces plateaux servis aux locataires leur donnent leur espace résidentiel. Les entrées en écailles les dérobent à l'oeil de l'intrus. Sur l'un des côtés se développe un bâtiment d'accompagnement, soigneusement accroché par la rue aérienne qui ceinture le bâtiment au pied des duplex qui le coiffent. Un long plan vitré supporte deux corps d'habitation, en accession à la propriété, bien aimables pour les pavillons posés sur l'herbe banlieusarde qui leur font face.
Car nos caporaux, sans doute soucieux d'oecuménisme social, se sont plus à concentrer les variations d'échelles et à confronter les modes d'habiter. Sur la voie numéro deux bis qui s'écarte de la place, des vagues de maisonnettes cernent l'ensemble. Avec ses logements en accession, Ciriani joue de différents plans qu'accentuent les balcons toujours confortables pour absorber cette brusque rupture. La leçon de couture qu'il donne ainsi n'a pas été suivie. A la tête dont il a pourvu l'avenue, sont accrochés quelques casseroles bringuebalantes, rapidement interrompues par le Rer. Elles profitent cependant de son effort, qui n'en pâtit pas trop.
La place reste encore à aménager. Heureusement confiée à Ciriani, elle est déjà flanquée d'un petit local commun résidentiel et attend la maison de quartier qui doit lui faire face, de l'autre côté d'un solennel escalier qui, dans l'axe de l'avenue enlèvera les passants au sommet de la butte. De haut, ils pourront se retourner sur cette tête olympienne et méditer sur les caboches des caporaux.

Jean-Paul Robert
Architecture d'Aujourd'hui N°252, septembre 1987





LE GEORGE SAND A MARNE-LA-VALLEE 1979-1981

Façade principale - Photo © Jean-Marie Monthiers

 

8 rue de la Butte verte - 93160 Noisy-le-Grand - Ville nouvelle de Marne-la-vallée

99 logements HLM PLA pour handicapés physiques, 115 parkings, LCR & un Foyer pour handicapés

Construits par la société I.R.P. (Interprofessionnelle de la Région Parisienne), filiale de la R.A.T.P.

Calendrier:
Début des études: 1979
Déut du chantier: 1980
Livraison: 1981

Surfaces:
terrain: 9.384 m2

A.U.A. - Agence Ciriani
Equipe de conception:
Henri Ciriani, Architecte, Vincent Sabatier, Assistant
Bureau d'études: O.T.H.

Entreprise générale: Bouygues



PRINCIPALES PUBLICATIONS
 
AMC (FR)
N° 52-53, juin à septembre 1980

PANORAMA, hebdomadaire (IT)
N°776, 2 mars 1981
Article de Lorenzo BERNI: "Complessi residenziali 'La Noiseraie' e 'George Sand' a Noisy le Grand presso Parigi"

A+U (JP)
N°144, septembre 1982
Texte en japonais, auteur non identifié

PROGRESSIVE ARCHITECTURE
Octobre 1982
Article de Hélène LIPSTADT: "Modernity for Eternity"