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| Façade sur le boulevard Jean-Jaurès (escalier prévu au départ) |
GÉNÉRALITES
· Le palais de justice de
Pontoise s’installe sur un terrain long de plus de 190 mètres axé nord-sud et
suivant une dénivellation de 8 mètres jusqu’au belvédère qui surplombe le
Boulevard Jean-Jaurès (au sud) de presque 10 mètres de hauteur.
· Le terrain est coupé dans
son milieu, qui forme aussi la partie la plus étroite du terrain, par une voie
publique de desserte piétonne.
· Deux segments de forme
trapézoïdale se trouvent ainsi confrontés. Nous les avons reliés, par-dessus la
vois piétonne, par une fine et transparente passerelle qui assure le rôle
d’accueil central gérant toutes les situations distributives.
· A partir de ce point nodal,
nous avons disposé les halls – qui forment la tête des espaces
juridictionnels – ainsi que les salles des pas perdus en diagonale croisée.
Cette situation spatiale permet, en accédant au bâtiment nord comme au bâtiment
sud, d’avoir toujours à sa gauche les pas perdus, et à sa droite les attentes
publiques. Ce qui confère au palais une équivalence entre ses deux bâtiments,
tout en produisant sur les côtés les plus longs des élévations variées et de
même qualité. Cette oblique n’est autre qu’une grande transparence, qui
s’initie tout en haut au nord-ouest, pour atteindre une apothéose visuelle en
bas au sud-est.
C’est cette invention
spatiale qui va, non seulement intégrer en son site la pratique du palais, mais
aussi sédimenter la mémoire du lieu.
· Par-dessus le pont-piéton de
l’accueil, viennent franchir pour se rejoindre les deux bras des bâtiments nord
et sud au niveau 2, dont la sous-face, éloignée de presque 7 mètres du niveau
d’accès, fait bénéficier de son cadrage l’équerre haute de plus de 10 mètres du
niveau 3.
Cette spatialité urbaine
fait de l’entrée au palais un élément majeur de sa lecture et de sa pratique,
et lui permet surtout de créer un événement urbain au bénéfice des simples
passants, car ce lieu généreux explicite le mieux l’enjeu de notre palais :
former un détonateur d’une nouvelle pratique urbaine à Pontoise. Cette place
couverte publique confirme notre volonté de faire de l’accès au palais un
moment de l’histoire urbaine de la ville.
· Bien au sud, faisant face au
centre historique, nous allons assumer une fonction de signal dans le paysage
urbain, en transformant le belvédère du talus qui borde le Boulevard
Jean-Jaurès, en socle d’une acropole dont le palais nous apparaîtra installée avec la sérénité d’un temple.
· A l’ouest, Place
Nicolas-Flamel, se situe le niveau d’accès de plain-pied vers notre accueil
central ; ce niveau va se maintenir jusqu’au sud pour surplomber de 1,40
mètre le belvédère, lui garantissant ainsi son statut d’espace public. Un
nouvel escalier couché en diagonale sur ce talus va mieux gérer le flux
circulatoire vers la Place Nicolas-Flamel, tout en assurant un caractère plus
statique au belvédère.
· La déclivité du terrain nous
a conduit à situer les parkings sous le belvédère, sur trois niveaux au sud, et
à organiser le secteur le plus sécuritaire du palais bien au nord – ce qui
permet de bénéficier de la protection de ses cours enterrées.
Au-dessus du secteur de
détention vont s’installer les salles d’audiences criminelles, pour avoir une
relation directe et autonome. Un système de double sas permet au fourgon
d’accéder au secteur protégé après avoir descendu la pente par la voie intérieure
couverte.
· Au sud de la Place
Nicolas-Flamel, nous avons dégagé un jardin en contre-bas planté d’arbres, et
séparé de la place par une jardinière plantée d’arbustes qui nous permet de
dissimuler une clôture.
· Un important dispositif de
circulation verticale, intégré au parking, nous a permis de résoudre des
problèmes liés aux accès de service de la restauration, qui nécessitent une
hygiène et une autonomie très affirmées. L’accès au parking est maintenu sur le
Boulevard Jean-Jaurès, au niveau -1 (NGF 57.51), en circuit descendant au
niveau -2 (NGF 54.79), qui devient désormais le niveau de sortie sur la rue
Victor-Hugo. Cette décision nous permet d’éloigner de 50 mètres la sortie du
feu de croisement avec le boulevard, et donc de soulager le trafic.
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| A droite les salles d'audience (typique) à gauche l'administration (atypique) |
De l’architecture urbaine, le palais de justice comme type
Le programme du palais de justice est traduit en
termes architecturaux en suivant une matrice conceptuelle, celle des éléments
typiques et atypiques.
Nous rangerons dans la première catégorie, d’une
manière générale, les éléments du programme qui nécessitent un grand espace, un
espace formellement spécifique dont la fonction exige une apparence précise.
Ces espaces particuliers vont conditionner leur enveloppe, vont donner forme à
leur fonction et, en tant que tels, ils vont « informer ». Ce sont
eux qui donnent son identité au
programme. Ici, se situent principalement les espaces d’accueil, les pas perdus
et les salles d’audiences.
ICI LA FORME SUIT LA FONCTION
Sont considérés comme espaces atypiques ceux dont la taille est réduite et la forme
ordinaire : la forme répond aux besoins d’un nombre réduit de personnes et
surtout à la nécessité de flexibilité. Ces espaces doivent ainsi pouvoir
être interchangeables, ou pouvoir s’agrandir ou rétrécir. Le sens ou
l’importance de ces espaces provient plutôt de leur positionnement dans
l’édifice. D’où l’importance d’une modulation permettant des surfaces minima et
maxima entre 10 et 40 m².
Nous devons donc prévoir une structure générale
précédant les accommodations individuelles. Cette structure, très rationnelle
mais aussi malléable, est chargée de l’adaptation au contexte urbain. C’est
elle qui s’adapte à l’extérieur et qui contraint le programme dans sa
volumétrie. Nous donnons une forme linéaire à ces volumes pour mieux intégrer
les exigences programmatiques. Ici, se situent principalement les espaces du
travail : les juridictions, la logistique et les services.
ICI LA FONCTION SUIT LA FORME
Ces espaces et ces volumes, ainsi déterminés, vont
être représentés par des logiques de présence assez différenciées. Nous avons
fait en sorte de former un contraste fort, sur une même élévation, entre les
pans vitrés transparents qui montrent la générosité des pas perdus et leurs
salles d’audiences, et les pans vitrés opaques qui protègent l’intimité des
espaces de juridiction.
Le typique
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| Salle des Pas Perdus Nord |
L’événement unitaire majeur de l’édifice provient de
la diagonale constituée des deux salles de pas perdus relayées par la
passerelle de l’accueil central ; cette diagonale représente la partie la
plus fréquentée par le public, et donne une lecture claire et immédiate de la
complexité du programme, tout en gardant une unité formelle.
Pour ce faire, nous avons favorisé une grande
hauteur sous plafond (plus de 7 mètres en moyenne), et nous voulons que ce
plafond, en béton blanc, apparaisse très pur, dégagé des servitudes techniques
d’éclairage, de ventilation ou de sécurité ; nous voulons également qu’il
bénéficie d’une structure porteuse
peu visible, ceci afin qu’il assume très fortement son rôle de couverture
unitaire. Soulagé des responsabilités physiques, peu assujetti aux contraintes
de la gravité, ce plafond dégage ainsi une grande sérénité.
Les parois extérieures de ces lieux sont constituées
de pans vitrés de grandes dimensions qui favorisent une grande transparence, à
laquelle nous avons fourni une protection solaire adéquate.
Sous le même grand plan horizontal protecteur, se
trouvent les salles d’audiences. Ces salles, baignées de lumière naturelle,
vont nous permettre de véhiculer l’idée d’une transparence de la justice, en
même temps qu’une sensation d’ouverture spatiale – créant idéalement un
« dehors couvert ». Vues de l’extérieur, ces salles laissent filer le
vélum impeccable du toit commun ; cette libération du toit est aidé par la
finesse de la structure périphérique, équivalente sur ses quatre côtés du fait
du vitrage continu en partie supérieure.
Cette équivalence évoque symboliquement celle de tous face à la justice –
justice dont l’emplacement apparaît sans emphase, proche du citoyen, en pleine
lumière.
Ces salles sont construites en structure de béton
blanc avec des finitions, soit en remplissage de bois à l’intérieur et dans les
sas d’accès, soit d’une fine couche de "stucco antico" dont les couleurs blanc
cassé et vert amande seront dominantes.
Des patios linéaires plantés d’arbres à feuillage et
de forme verticaux délimitent les accès privés des salles et de leurs annexes
vis-à-vis des espaces de bureaux des juridictions. Cette disposition spatiale
garantit la liberté et l’autonomie des formes annulaires des salles, en même
temps que leur protection acoustique.
La salle double du bâtiment sud, regroupant la
salle d’audiences commerciales et celle des audiences civiles polyvalentes, a
été disposée parallèlement aux salles des pas perdus, le long de la rue
Victor-Hugo au lieu de perpendiculairement, comme précédemment indiqué dans
l’APS. Ceci, afin d’améliorer les dispositifs d’accès et de réduire le retour
plein sud de la salle des pas perdus. Cette disposition nous permet,
parallèlement, de réussir une impeccable séparation entre les locaux dits typiques et ceux dits atypiques.
Une autre qualité a été apportée au bâtiment sud,
par la permutation des programmes des niveaux inférieurs, qui évite que la
servitude technique des cuisines de la restauration traverse le silence des
salles de lecture de la bibliothèque. Avec, comme avantage supplémentaire, la
protection (par des parois opaques) des deux programmes : la salle de
restauration s’ouvrant de plain-pied sur le jardin, face à la Place
Nicolas-Flamel que surplombent les salles de lecture de la bibliothèque.
Le socle du talus du belvédère au sud-est du site
éloigne les grandes façades du typique
de toute possibilité d’assurer leur nettoyage et entretien depuis la rue.
C’est pour cette raison qu’une nacelle verticale a été prévue dans un circuit
sur rail passant entre les poteaux extérieurs et la façade vitrée. En
stationnement, cet élément transparent et métallique se « gare » à
l’intérieur du volume de la gaine qui sépare la salle du conseil de celle des
pas perdus sud.
La toiture de la passerelle centrale (accueil) est
constituée de deux couches de verre : l’extérieur en plaques d’Émalit (feuille de verre avec une couleur émaillée sur la
surface inférieure) et
l’intérieur en verre translucide assurant la fonction d’éclairage artificiel.
La transparence de cette toiture fut abandonnée, car les contraintes techniques
(pentes de la verrière ; thermie) nous paraissant hors de proportion avec l’effet final.
Un mobilier ad
hoc sera créé pour les entretiens « libres » dans les salles des
pas perdus. Ils auront pour mission de stabiliser le flux de cet espace,
d’assurer une certaine intimité, ainsi qu’un rôle de « créateurs
d’ombres », ou de brise-soleil intérieurs, surtout pour la salle des pas
perdus sud.
L’atypique
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| Circulation de la zone bureaux |
Le module est le maître mot de l’atypique. Il permet
d’accommoder autant les surfaces d’un programme que les dimensions liées à son
ergonomie. De longs tâtonnements nous ont poussé finalement à articuler le
module, non seulement avec les hauteurs des marches d’escalier, les hauteurs
des protections des toitures, toujours plates, les cadrages visuels depuis
l’intérieur, mais surtout avec les croisements dans l’espace des ponts de
l’atypique au-dessus de l’accueil central. Nous sommes donc en mesure de « croiser »
dans l’espace un module de 0,90 cm
pour les espaces fonctionnels horizontaux, avec une plaque d’Émalit de 0,90 x
1,60 m, qui devient l’élément principal des façades de l’atypique.
Pour la distribution des espaces de travail, nous
avons essayé, dans la mesure du possible, d’installer ces modules (0,90 x 5,62
m) en vis-à-vis, séparés par une double circulation encadrant les espaces
aveugles du programme, à savoir : attente des visiteurs, entretiens des
avocats, reprographie, stockage, archives, gaines techniques, etc.
La structure de l’atypique se plie strictement à
cette logique : les parois extérieures sont plutôt en membrane de béton
perforé, selon les exigences des ouvertures des bureaux ; les couloirs
sont tenus plutôt par des points porteurs contreventés en partie centrale. Ceci
nous permet de minimiser l’impact de la structure sur la flexibilité des
cloisons. L’imposte vitrée systématique nous permet de décomposer à la
verticale le cloisonnement et les menuiseries, pour ainsi véhiculer
« visuellement » cette flexibilité.
Les espaces de circulation de tout le palais seront
en marbre reconstitué sans veinage, de couleur blanche, marquant ainsi l’unité
qui doit exister, même entre typique et atypique. En revanche, l’intérieur des
espaces individuels de travail sera en moquette, et les parois en tissu, pour
des raisons d’acoustique. De même pour les plafonds suspendus, en plâtre
perforé grand module, laqués blanc. Nous prévoyons aussi une pièce verticale
vitrée de 18 cm (correspondant à la largeur du poteau) en tête de cloison, pour
les cas où il n’y a pas de poteau en face, côté façade.
La structure des ponts atypiques a été étudiée pour
éviter, dans la mesure du possible, une rupture dans la lecture des façades
entre les parties ancrées au sol par la fine membrane et les parois (poutres
Veerender) franchissant le vide. Un module vertical opacifié toutes les trois
trames vides a dû être imposé dans la plupart des élévations. La sous-face de
ces volumes aériens seront finis par des pré-dalles en béton blanc suspendues
depuis la dalle principale : la permanence des sous-faces est impérative.
Les façades de l’atypique sont constituées d’un
revêtement verrier Émalit , servant à protéger l'isolant qui évite tout pont
thermique au bâtiment. Ces plaques d’Émalit sont présentées à la
verticale : larges de 0,90 et hautes de 1,60 m, elles sont tenues en haut
par de fines pinces ou par des bavettes en cuivre naturel ; la partie
inférieure est tenue par des capuchons de métal laqué ayant pour fonction
d’articuler fermement la plaque à la membrane de béton en arrière. Les
menuiseries en aluminium laqué auront des stores à lamelles entre les feuilles
du double vitrage, créant un effet de pâle opacité de l’extérieur, ainsi qu’une
parfaite et douce abstraction entre les parties opaques et transparentes.
Les lignes horizontales en cuivre naturel, qui
retiennent les plaques ou protègent le bâtiment (couvertines), vont intervenir
dans la lecture du bâtiment en insistant sur le graphisme horizontal en
perspective et en équilibrant la verticalité des plaques, frontalement.
La pierre unitaire
Un granit d’apparence régulière, ou une pierre
suffisamment dure, doit recouvrir toutes les surfaces publiques du
palais : le socle belvédère, les emmarchements, le soubassement le long de
la rue Victor-Hugo, face à toutes les rues et places. Même sur les petites
surfaces. Car ces surfaces doivent créer un effet de grande simplicité, une
élégance tranquille pour les sols publics, afin de leur conférer une dignité
sereine sans ostentation aucune.
NOTES
La
structure porteuse est reportée en périphérie pour diminuer son impact et se
faire relayer par les voiles verticaux des petites salles et les fins poteaux
périphériques des grandes salles d’audiences.
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| Façade sur le boulevard Jean-Jaurès (escalier définitif) |
N.B. Les illustrations ont été ajoutées pour le blog.