CORBU pas mort. Ses quatre héritiers dans Globe

 

En septembre 1987 la revue GLOBE publiait un dossier coordonné par Valérie Tolstoï titré 

LES ENFANTS DE LE CORBUSIER, le témoignage exclusif des plus grands architectes contemporains.

Par Richard Meier, Kenzo Tange, Raj Rewal et Henri Ciriani

 Trois questions leur étaient posées:

1.       Quel est, dans l'œuvre de Le Corbusier, le bâtiment que vous préférez, et pourquoi?

2.      Êtes-vous, et en quel sens, un héritier de Le Corbusier?

3.      Que reste-t-il de Le Corbusier aujourd'hui?

 Voici les réponses:

 Richard Meier, New York

 1. La réalisation de Le Corbusier que j'ai toujours beaucoup aimée est le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette à Évreux-sur-Abresle, près de Lyon. Ce bâtiment est une construction isolée, se détachant sur le paysage environnant et en même temps un ensemble de bâtiments reliés entre eux de façon complexe, enfermant l'espace extérieur de la cour. C'est un espace unique tout en étant une série de bâtiments. La relation entre espace privé et espace commun est articulée à l'inverse de ce que l'on attend traditionnellement. En accord avec l'idéal monastique, il n'y a aucune vue possible sur l'extérieur à partir des espaces communs, tandis que les espaces privés, extravertis, permettent de voir le paysage alentour. 

2. Étant un des plus grands architectes du XXème siècle, Le Corbusier touche à travers son œuvre tous les architectes. Je me suis toujours retenu de faire des parallèles entre son travail et le mien, mais ses idées nous ont tous inspirés. Le Corbusier nous enseigna la création de l'espace, c'est une leçon sur laquelle nous pouvons grandir, formuler nos propres idées et les développer. Après Le Corbusier, chaque architecte doit se préoccuper du plan, de la ligne, du volume, et de leur relation avec la structure de l'espace. 

3. Mis à part l'échec évident des idées de Le Corbusier en matière d'urbanisme, son œuvre d'architecture, d'artiste, et de penseur fait qu'il est aussi présent aujourd'hui qu'il y a trente ans, quand je l'ai rencontré pour la première fois en tant qu'étudiant. Pour moi, la grande leçon de son œuvre réside en sa façon de fabriquer l'espace et d'articuler lumière, structures et espace. Incontestablement. J'ai toujours autant de plaisir à visiter la chapelle de Notre-Dame-du-Haut ou la villa Stein à Garches. Mais la relation architecture et changement social, c'est à dire l'idée que l'architecture purifierait l'esprit et nous conduirait vers une vie meilleure, est peut-être aujourd'hui dépassée. Si elle est reliée à la société dans laquelle nous vivons, l'architecture traite d'architecture et non de changements sociaux. Nous devons nous concentrer sur l'architecture de Le Corbusier, qui est admirable, et non sur le message social qu'il a voulu y attacher. 

 

Henri Ciriani, Paris

 Il m'est difficile de "préférer" UN bâtiment de Le Corbusier. Toutefois, parmi ceux que j'ai visités, le couvent de la Tourette possède une dimension territoriale en plus de ses qualités d'ordre architectural. Par la seule implantation du bâtiment, Le Corbusier révèle toute la géographie du site. Il suffit de regarder pour comprendre que l'on se trouve sur l'un des deux versants d'une ample vallée aux flancs distants, mais en forte relation de vis-à-vis. L'horizontalité forte de la ligne de faîtage oriente le poids vers le haut, qui s'adresse alors à un très grand espace. Dans le domaine de l'apparence architecturale, j'ai toujours été fasciné par la grande différence de traitement des quatre élévations qui n'affectent pas l'unité de l'édifice. Un mot sur l'espace intérieur, avec la chapelle qui nous apprend que l'architecture, pour être émouvante, n'a besoin ni de matériaux chers, ni de dimensions colossales. J'ai aussi un faible pour le Palais des Filateurs en Inde, que je n'ai pas encore visité. Là, sur la façade principale, Le Corbusier a inventé une nouvelle frontalité et un dispositif d'entrée. J'imagine aussi l'incroyable spatialité intérieure (Le Corbusier l'appelait l' « espace indicible») du bâtiment de l’Assemblée à Chandigarh, en Inde également, où mon ami Christian Devillers, un architecte que je respecte, a ressenti comme une « fissuration verticale de tout son corps » le jour de sa visite.

 2. Être un héritier de Le Corbusier, c’est avant tout se « servir » de son œuvre, la prendre comme base, comme support du travail d’architecture. C’est consacrer une vie à améliorer la « maison » de l’homme. C’est considérer l’émotion comme but ultime de l’architecture. Être un héritier de Le Corbusier n’est pas manipuler le style, mais plutôt l’esprit, l’exigence du Maître. On voit bien que c’est assez difficile d’être son héritier...

 3. De Le Corbusier il reste et il restera toujours son œuvre : ses croquis, ses dessins, tableaux, tapis sculptures, son œuvre projetée et construite, son œuvre écrite, une pensée, une intelligence, un combat. Il restera aussi le témoignage et l’œuvre de ses disciples et amis. Et, malheureusement, resteront aussi ses éternels ennemis : l’académisme, l’arrivisme, la médiocrité et le conformisme.

 

Raj Rewal, New Delhi

 1. Quand j’ai vu pour la première fois la cathédrale de Chartres en France, le bâtiment du Parlement de Chandigarh m’est tout de suite venu à l’esprit. Les formes et les matériaux de ces deux magnifiques structures, sont totalement différents, mais il y a cependant une grande similitude d’atmosphère évoquée par leurs espaces intérieurs. Il ne fait aucun doute que Le Corbusier a su imprimer sur le siège de la démocratie pendjabie tout le symbolisme spirituel de l’héritage français. Je trouve cet aspect de l’œuvre de Le Corbusier plus significatif qu’aucune autre de ses réalisations prises individuellement.

 2. Je suis impressionné par cette façon qu’a Le Corbusier de transcender son vocabulaire créatif propre, déjà considérable, afin d’explorer une expression architecturale nouvelle à chaque construction. Ses réalisations, fondées sur la rigueur et l’austérité, ont été qualifiées à tort de brutales. En fait il peut être tour à tour fantaisiste, imposant ou sublime selon l’occasion.

Ses terrasses sur le toit sont un bon exemple de ses idées. Non seulement elles peuvent être utilisées pour sécher le linge, etc...mais elle sont également un cadre agréable pour les bains de soleil ou pour prendre la fraîcheur du soir. Mais avant tout ces terrasses proches du ciel, lors des belles soirées d’été, sont une invitation, sous la lune et les étoiles, à méditer les valeurs premières. Pour ma part, j’aimerais que ces terrasses deviennent l’un des éléments essentiels de l’architecture des grands ensembles ou des bâtiments publics. Dans le Village olympique d’Asie à Delhi, la terrasse sur le toit sert de prétexte à la création d’un ensemble de bâtiments se confondant aux cours intérieures et au paysage environnant, répondant aux besoins fonctionnels, sensuel et sacrés.

 3. Nous vivons une époque de changements constants. Les réalisations de Le Corbusier, dans les domaines de la technologie de la construction et de l’urbanisme, sont déjà démodées. Mais par contre, ses concepts architecturaux tels que le pilotis, le plan libre, le brise-soleil, etc., appartiennent à l’histoire. La poésie de ses bâtiments, nourrie des valeurs profondément spirituelles et humaines, vivra toujours, traversant et barrières culturelles et modes stylistiques.

 

Kenzo Tange, Tokyo

 Jusqu’à la fin de mes études ay lycée, je ne savais pas si j’allais m’orienter vers les sciences ou les arts. C’est en voyant les dessins proposés par Le Corbusier pour le projet du palais des Soviets à Moscou en 1931, que j’ai compris que l’architecture n’était pas seulement une boîte avec des trous pour les fenêtres, comme je le pensais alors, mais que c’était quelque chose qui intégrait à la fois la technologie et l’esthétique. Je pense que je ne serais jamais devenu architecte si je n’avais pas vu ce projet. Plus tard, alors que j’étais étudiant à l’université de Tokyo, c’est le pavillon suisse à Paris, dont j’avais pris connaissance à travers des photographies, qui suscitait mon admiration et me donnait envie d’aller en Europe. Le Japon se préparait à la guerre et c’était impossible de quitter mon pays. En 1939, j’ai publié dans une revue japonaise d’architecture un article où je comparais Michel-Ange et Le Corbusier. Ces deux hommes ne sont apparus comme les novateurs de l’architecture de leur temps. Ce que Michel-Ange a apporté à l’architecture de la Renaissance, Le Corbusier l’a apporté à l’architecture contemporaine. Tous deux ont donné vie aux formes et aux espaces. Avant eux, les édifices me paraissaient vides et sans expression. Ils ont créé l’émotion. Après la Seconde Guerre mondiale, en visitant pour la première fois l’Europe, l’Unité d’habitation de Marseille m’a autant touché que lorsque j’ai vu pour la première fois la basilique Saint-Pierre à Rome.

 2. Mon travail n’a aucune relation directe avec celui de Le Corbusier. J’essaie intentionnellement d’éviter toute imitation de son style. Je suis probablement influencé par sa conception de l’architecture et de l’urbanisme, mais il m’est difficile d’évaluer la part involontaire de cette filiation. J’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de rencontrer l’homme et je garde une profonde admiration pour lui.

3. Le Corbusier a su dépasser les contraintes du fonctionnalisme de son époque, celles de l’essor de la société industrielle, et les transformer pour donner de la vie et de l’humanité à ses créations. Maintenant que nous sommes entrés dans l’ère de l’informatique, nous devons vivre afin que l’architecture soit l’expression de la dynamique de cette évolution. Par-delà les siècles, ce qui restera de Le Corbusier, c’est une beauté éternelle née de sa lutte contra la pensée réductrice de son temps.

NOISY II MENTIONNÉ DANS LE DIAGNOSTIC PATRIMONIAL DE LA RÉGION ILE DE FRANCE

© Jean-Bernard Vialles 2015

L'ensemble de 300 logements La Noiseraie, à Marne-la-vallée est mentionnée dans le diagnostic patrimonial effectué par la Région Ile de France sur la commune de Noisy le Grand.

Pour consulter cette entrée, cliquer ici

Pour des informations sur l'opération La Noiseraie, cliquer ici 

Premier décembre 2025 

CIRIANI PRÉSENTE SON PROJET DE 300 LOGEMENTS A MARNE-LA-VALLÉE AU DÉBUT DU CHANTIER


Au mois de mars 1978, Marc Emery, à l'époque rédacteur en chef de la revue Architecture d'Aujourd'hui, demanda a Ciriani l'autorisation de publier le projet des 300 logements dont le chantier venait de commencer à Marne-la-Vallée. Ci-dessous le texte qu'écrivait l'auteur pour expliquer son projet. Le chantier fut achevé en 1980 et devint "La Noiseraie". 









"La Rue, L'espace collectif, ses signes et son mobilier"

 Exposition du Centre de création industrielle aux Halles de Baltard, Paris, décembre 1970

 

De la ville à l’objet. Les aventures du graphisme dans les expositions du CCI

Le Centre de création industrielle et les expositions (1968-1992) : décentrages successifs.

 Extrait de l'article publié dans PROBLEMATA.ORG, plate-forme en ligne qui publie des articles autour des disciplines du design.

 auteur: Imbert, Clémence

Le 3 décembre 1970, le Centre de création industrielle (CCI) inaugure sous la grande voûte des Halles Baltard, promises à la démolition, une exposition intitulée La rue, l’espace collectif, ses signes, son mobilier. Ce n’est pas la première exposition que le Centre organise dans cet espace, qui lui permet de mettre en place des installations plus généreuses que dans les petites salles du musée des Arts décoratifs, où le CCI a vu le jour un an plus tôt. L’exposition aborde la question du design dans le cadre très large de la ville, de sa planification, de son appropriation par les citoyens. L’approche se veut la plus large possible, embrassant, comme le CCI prétend le faire à l’époque, « l’environnement », « le cadre de vie » et ce qu’il résumera bientôt par la triade « les espaces, les objets et les signes ». Il est donc question, dans cette exposition, à la fois d’urbanisme (au sens le plus large : architecture, transports), du design du mobilier urbain et, en ce qui concerne ce que le CCI appelle alors « les communications visuelles », de la signalétique.






 

LE MUSÉE BLEU, AN ARCHITECTURE IN THE COLOR OF TIME

 Extrait de l'article publié sur le site "ARLES  LES RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE

 

ARLES

LES RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE

 

Edition 2025

MUSÉE DÉPARTEMENTAL ARLES

ANTIQUE

LE MUSÉE BLEU

AN

ARCHITECTURE

IN THE COLOR OF 

TIME

25 MUSÉE DÉPARTEMENTAL ARLES ANTIQUE

        7 JULY - 5 OCTOBER 2025

        09.30  AM - 08.00 PM

        CLOSED ON TUESDAYS

        LAST ENTRANCE: 5.30PM.

       disabled accessible




Le Musée Bleu, an Architecture in the Color of Time, is an exhibition produced in collaboration with the Cité de l'Architecture et du Patrimoine, and celebrates the birth of the institution, its collections and its architecture.

These 30 years of service to heritage were enabled by the curator Jean-Maurice Rouquette and the architect Henri Ciriani, who created a showcase for the collections that finally brought them together.

The tour traces Ciriani’s work and the various stages in the creation of the Musée Bleu. Concurrently, it sheds light on the museum’s historic holdings—artworks scattered across Arles since the 18th century, now brought into focus. Everyone will be able to share their own vision of “their” Musée Bleu and their memories thanks to the reconstruction of the collection of testimonies assembled for the museum's 30th anniversary.

SMITH offers a visual dialogue with the collections. Students from the École nationale supérieure de la photographie d'Arles, led by Yannick Vernet, Oualid Lazrak and Luce Lebart, are also adding their own creations to the exhibition, entitled Mais pour qui la pierre se prend-elle?

Based on the collections of the Musée Départemental Arles Antique, its history and geographical location, fictional narratives have emerged, brought to life by 8 ENSP students: Audrey Borja, Alexander Dimitrios Papadopoulos, Marion Hamiez, Jan Oliver Heise, Soyan Issa, Fédéri Laurence and the duo Hugo Jacq & TeeradonThongsaard. Archaeological objects, fragments of history, archives, collections and memories of excavations become the starting points for an imaginary exploration. Using photography, writing, sound and video, students combine the distant past with contemporary issues to produce fictions deeply rooted in reality.
Inspired by Donna Haraway's “speculative fabulations”, the project invites us to think with ruins: not as frozen relics, but as living, active materials capable of dialoguing with our current concerns.

 

Scientific curators: Stéphanie Quantin-Biancalani and Romy Wyche.

Executive curators: Laurent Strippoli and Aliénor Tallagrand.

Publication: Le Musée bleu, une architecture couleur du temps, Silvana Editoriale, 2025